Accéder au contenu principal

Articles

dernière lecture

L'inconnue du portrait (Camille de Peretti)

  Roman qui bouche les trous L’inconnue du portrait a l'accroche parfaite. Si on apprécie un minimum la peinture, un coup d'oeil à la quatrième de couverture et on a envie de le lire. "Le portrait d'une dame", un tableau peint puis repeint à nouveau par Gustav Klimt est volé quelques décennies plus tard avant de réapparaître en 2019 à la porte d’un musée,. Tout cela dans un mystère le plus complet. Camille de Peretti a trouvé le prétexte idéal pour boucher fictionnellement les trous de l'histoire de l'Art. "Le syndrome de Stendhal, c’est le trouble physique et psychologique que peut provoquer une œuvre d’art." Avec fluidité, sentiment et ce qu’il faut de poésie, l'auteure bâtit un livre à la fois roman historique, fresque familiale et enquête policière. Le romanesque y est à son comble. Le Livre de Poche Martha versa le chocolat, brun, épais, brûlant. Puis elle montra comment il fallait prendre un peu de crème fouettée avec la cuillère en a...
Articles récents

Emile Zola - La bête humaine

  Tout le monde déraille Parmi   les Rougon-Macquart les plus célèbres, lus à l’adolescence pour la plupart,  La bête humaine était probablement le tome que j’avais le plus hâte de découvrir. Malgré sa réputation, il m’a moins plu que L’assommoir , Germinal ou encore Le bonheur des dames et que d'autres beaucoup moins connus (je pense à La Terre  ou à  Pot-Bouille ). Je ne suis pas sûr de comprendre pourquoi car encore une fois, la proposition de Zola est forte et accrocheuse dans ce polar social noir, sorte de thriller autour du monde ferroviaire et de celui du crime et de la justice (deux projets d’écriture que l’écrivain aurait finalement décidé de fusionner pour faire tenir sa saga en vingt romans). Dans ce tome, on ne quitte pas une minute le milieu des cheminots et tout particulièrement la ligne de chemin de fer Paris St Lazare-Le Havre. L’intrigue se déroule à l’intérieur ou autour des deux gares, ou le plus souvent le long des rails entre les deux. Le...

Le clan des sept à la grange aux loups (Enid Blyton)

Bibliothèque rose Notre dernière maison de location m’a mis en présence du roman pour enfants « Le clan des Sept à la grange aux loups ». Ni une ni deux, je me suis replongé dans mes sensations d’enfance avec les aventures de 4 garçons, 3 filles et 1 chien. Ca fait 8 protagonistes mais le chien Moustique n'est pas membre du clan, contrairement à Dagobert, membre éminent du "Club des cinq", série beaucoup plus connue et plus mature que les enfants lisaient après celle-ci. Les Sept sont bien élevés et ont bon cœur, ils battent pourtant la campagne pour dénicher des aventures palpitantes quitte à se confronter à des malfaiteurs. J’ai trouvé ça bien ficelé. C’est écrit avec simplicité et avec le charme de la désuétude dans le ton et le vocabulaire puisque la série de 15 volumes a été écrite par Enid Blyton autour des années 50. Des versions remaniées sont probablement sorties pour la jeunesse actuelle car dans ce roman-ci par exemple, les aventures sur le terrain, face au dan...

Le courage des autres (Hugo Boris)

Le blues du RER Le courage des autres , c’est celui des usagers du métro et du RER franciliens qui expérimentent un quotidien souvent pénible ou compliqué. La faute aux rames bondées, aux incidents techniques et aux incivilités banales ou caractérisées. Ce sont d’abord les « aventures » racontées par Hugo Boris, qu’il a vécues avec ceux qui font chaque jour la navette domicile-travail. L'écrivain rend hommage à sa façon aux héros du quotidien qui ont la force d’être exemplaires face au stress ou à certains comportements hostiles. Il y a aussi quelques anecdotes triviales ou sympathiques et quelques expériences marquantes, voire extra-ordinaires, comme quand il croise le chemin de cette vieille dame juive … L’originalité de ce livre réside dans le fait qu’il se raconte lui-même. Face à ces rencontres subies, il se dépeint souvent en poule mouillée, terrassé par la peur des conséquences d’une réaction face au danger. Dans ce genre de circonstance, on a tous ressenti l’envie de se fai...

Dans les brumes de Capelans (Olivier Norek)

  Antipode Mon premier Norek ! Depuis qu'on m'en parle ... Sauf que Dans les brumes de Capelans est le 4ème et dernier tome de la série Victor Coste et cela aurait été plus logique de commencer par le premier. Pas grave, il sera toujours temps de lire la série à rebours. C'est un concept. Par le hasard d'une intervention policière, une jeune fille est retrouvée enchaînée dans le sous-sol d'un pavillon, dix ans après sa disparition. Mutique, elle est envoyée pour être interrogée et protégée par le capitaine Coste en poste à Saint-Pierre-et-Miquelon. Mais même au bout du monde, il est difficile de se soustraire au mal, surtout lorsque à cette période de l'année, un opaque et sinistre brouillard recouvre l'archipel pendant quelques jours ... Je comprends l'enthousiasme des lecteurs pour les polars de Norek. C'est bien écrit et son roman, noir juste ce qu'il faut sans tomber dans le violent ou le glauque, s'ancre dans le réel en positionnant so...

Un empêchement (Jérôme Aumont)

  Le mari, l'amant et la femme (dans cet ordre) "Je suis l'homme qui a tout perdu. L'homme qui a échoué. Je suis l'homme échoué. Faut-il que je me lève ?". C'est ainsi que commence le premier roman de Jérôme Aumont. Le narrateur a-t-il vraiment tout perdu ? Ne se serait-il pas plutôt trouvé ? Mathieu est attiré par les hommes depuis toujours. Après une première histoire compliquée, il met son mouchoir sur cet aspect de sa vie et épouse Marie, une jeune femme toute à son travail. Vingt ans et un enfant plus tard, il rencontre Xavier. Puis il le perd. Un empêchement est un roman à trois voix. Trois narrations qui racontent la difficulté de devenir soi-même dans une société qui nous propose le chemin tracé de la normalité. Jusqu'à ce que ça casse. L'écriture de l'auteur m'a totalement séduit. D'une grande élégance, Elle véhicule beaucoup d'émotions et raconte avec justesse les pensées intimes et les désirs souterrains de trois êtres se...

Prime time (Maxime Chattam)

  Direct live Lundi soir, milieu de JT, le présentateur du 20 heures de la première chaîne française est pris en otage par un individu masqué qui exige le direct devant le monde entier. La nuit va être longue pour tout le monde, notamment pour Charlène, la jeune cheffe d'édition dans l'obligation de négocier avec le malfaiteur. Prime time  de Maxime Chattam est bien la preuve qu'un thriller peut être un haletant page turner et prendre son temps pour installer son contexte et dérouler son intrigue qui va durer - spoiler - toute une nuit. Ce qui peut lui donner une impression de lenteur et de longueur. Pas pour moi. Son scénario se construit intelligemment autour des arcanes du monde de l'audiovisuel, des détails du déploiement du GIGN ou encore de la psychologie de Charlène, au passé compliqué. Le roman en profite aussi pour proposer une sorte de critique de notre société à travers l'univers impitoyable des médias, le comportement discutable des puissants ou encore l...

Chien 51 (Laurent Gaudé)

  Noir c’est noir Nous sommes à Magnapole, dans la Grèce rachetée par une multinationale toute puissante ou peut-être ailleurs sur un autre territoire dénationalisé … Afin d’enquêter sur un meurtre sordide, un flic de la zone 3 est "verrouillé" à son homologue et donc supérieure de la zone 2. Ce roman est une immersion par les sens dans un monde dystopique et effrayant dont l'atmosphère est remarquablement bien dépeinte mais dont les tenants et les aboutissants sont assez peu expliqués, ce qui le rend particulièrement sombre et mystérieux. Dans mon esprit, l’enquête policière pourtant centrale dans le roman a pris une place presque secondaire, au point de ne pas avoir eu envie de faire trop d'efforts pour reconstruire le puzzle des faits et celui des liens entre les nombreux protagonistes du drame.  J’en ai de loin préféré l’ambiance : juste, noire, à la fois tranchante et lyrique sous la plume de l'extraordinaire conteur qu’est Laurent Gaudé dont les mots s'i...

La moustache (Emmanuel Carrère)

  Sur le fil du rasoir J'avais gardé un bon souvenir du film d'Emmanuel Carrère, adaptation de son propre roman La moustache . En rencontrant l'écrivain il y a quelques semaines, c'est celui-ci dont j'ai souhaité la dédicace. Pour le lire dans la foulée. La mémoire est sélective car j'avais en tête une histoire beaucoup plus légère qu'elle ne l'est au bout du compte, surtout au regard de l'idée de départ. Marc se rase la moustache pour surprendre sa femme Agnès et ses amis. Personne ne le remarque ou, pire, chacun feint de ne pas l'avoir remarqué. Blague, complot, faille temporelle, folie ? Chacun se fera, ou pas, son idée. Dès les premières page, on est happé par un scénario incongru et surréaliste. On suit le cheminement de la pensée du (anti)héros et le raisonnement d'un homme déboussolé qui ne sait plus à quel saint se vouer. Le lecteur n'est pas plus avancé. Le roman est vraiment très bien écrit et il nous emmène vers des horizons as...

La déroute (Emma Pattee)

  Contrecoup Annie, une jeune américaine de la côte ouest des États-Unis, est enceinte de neuf mois. Alors qu'elle fait des achats dans un magasin de la périphérie, un énorme tremblement de terre terrasse sa ville de Portland, Oregon. Et très probablement une zone beaucoup plus large mais les protagonistes comme le lecteur sont dans l'ignorance puisque l'auteure focalise uniquement sur le point de vue d'Annie et celui indirect des quelques personnes désemparées qui croisent son chemin. Sans moyen de communication, dans une ville dévastée, elle n'a qu'une idée en tête : retrouver son mari et mettre son bébé à naître en sécurité. La déroute est une très belle surprise qui m'a un peu pris à contre-pied. À la place du livre escompté proche de la dystopie avec une dose certaine d'action pure, on est en réalité plutôt dans le roman intime. À l'occasion d'un contexte particulièrement dramatique, les angoisses existentielles sur le couple, la maternité,...

L'ombre du vent (Carlos Ruiz Zafón)

  Pas d'amour sans mystère Rien que pour la poésie de son titre, on a envie de se plonger dans L'ombre du vent ... C'est aussi ainsi que s'appelle l'une des œuvres d'un certain Julián Carax que Daniel, jeune garçon barcelonais au milieu du 20ème siècle, déniche dans le "cimetière des livres oubliés", une bibliothèque secrète qu'il tient de son père qui le tient de son père ... Commence alors pour lui une quête obsessionnelle pour découvrir ce qu'il est advenu de l'auteur. Pourquoi un homme terrifiant et insaisissable souhaite-t-il se procurer tous les exemplaires des romans de Carax pour ensuite les détruire ? Au carrefour du policier, de la fresque historique, du mystère à l'ambiance gothique ou encore de la romance, ce grand récit romanesque foisonne de personnages et de rebondissements dans une Barcelone sombre et fantasmée. Il est d'une grande poésie un peu dark et torturée malgré l'omniprésence de sentiments positifs comme ...

Les corps conjugaux (Sophie de Baere)

  Alchimie fatale Quand l’expression « Il vaut mieux ne rien savoir » prend tout son sens ... Le second roman de Sophie de Baere aborde un sujet on ne peut plus épineux qui met tout le monde mal à l’aise et pour cause. Face au sort d’Alice, Jean et Charlotte, nous sommes tous bien en peine de deviner comment nous réagirions à leur place. Et de fait, à la lecture du roman, les réactions des personnages face à l’adversité me sont parfois apparues excessives. Sans compter certaines ficelles un peu invraisemblables.  Pourtant, en y réfléchissant après coup, elles s’avèrent plutôt réalistes tant il est dans la nature humaine de naviguer, parfois avec difficulté et rudesse, dans l’ambivalence et d’un extrême à l’autre, chacun à sa manière. L’écriture de toute beauté m’a bien sûr rappelé « Les ailes collées » de la même auteure, l’un des très grands coups de cœur de ces dernières années. Le Livre de poche On peut polir les mots mais pas les silences. Ils nous échappent et nous révèle...

La psy/Never lie (Freida McFadden)

La femme déménage Tricia et Ethan, jeunes mariés en pleine recherche d’un futur foyer, sont bloqués par la tempête dans une grande maison isolée, propriété d’une célèbre psychiatre mystérieusement disparue. Alors qu’Ethan gère la situation avec philosophie, Tricia a la désagréable sensation que le lieu n’est pas aussi vide qu’il n’y paraît. Je souhaitais me remettre à lire en anglais et j’ai volontairement choisi « La psy » (« Never lie » dans sa version anglaise), un thriller soft a priori facile à lire. Le choix a été le bon avec Freida McFadden puisqu’elle écrit plutôt simplement. On en rend d’autant mieux compte en la lisant en version originale. La force de cette auteure est de savoir surprendre en ménageant un rebondissement dans la dernière partie de l’histoire pour frapper fort, quitte à demander à ses lecteurs d’être raisonnablement peu regardants sur la vraisemblance globale de l’intrigue (en l’occurrence ici, il faudrait relire le roman une seconde fois pour savoir s’il tien...

Un garçon d'Italie (Philippe Besson)

  Triptyque amoureux Luca, un jeune Florentin retrouvé mort dans l'Arno, assiste à sa manière, c'est à dire de l'au-delà, au désarroi d'Anna l'officielle et de Léo le prostitué, les deux êtres les plus importants de feu son existence qui ne se sont jamais rencontrés. Et pour cause. Trois points de vue sur la même histoire. "Ils raconteront un histoire et nous en aurons vécu une autre" Quelle belle idée de faire parler un homme qui n'est plus là. Ses émotions bien vivantes et celles de ses deux amoureux sont évoquées avec la délicatesse habituelle de l'auteur par quelques mots bien posés qui disent l'amour, le désir, la tristesse, la stupéfaction, la colère, la honte, le détachement et j'en passe.  Un roman de l'été qui est passé tout seul, un chinotto à la main.   Pocket - page 127 Ils vont accéder à l'envers du décor. Ils constateront que je n'étais pas seulement ce jeune homme éblouissant, admirable qui les arrangeait tant, ce...

Clamser à Tataouine (Raphaël Quenard)

Serial talker J'ai surfé sur la tendance en me procurant le premier roman de Raphaël Quenard. Enfin, j'ai surtout cédé au charme du garçon et à son entreprise de promotion/séduction de ces dernières semaines. Comparaison recevable ou non, j'ai eu la sensation de lire un roman d'Amélie Nothomb en version masculine, violente et crue. Toute proportion gardée car je m'attendais à un récit plus dérangeant, à des descriptions plus gores des meurtres qui parsèment le récit. En même temps, tout ça est amplement suffisant. Le roman se lit vite et bien. Et il est intelligent. Le scénario de serial killer n'est pas excessivement original, il est pas mal prétexte à livrer les réflexions d'un garçon désabusé de notre époque derrière lesquelles on reconnait (ou on veut reconnaitre) la gouaille habituelle de l'acteur dorénavant écrivain. Cible atteinte. Flammarion - pages 45 et 46 Mon point fort, c'est que pendant un temps - désormais révolu - j'ai eu la chance...

Bel-Ami (Guy de Maupassant)

  Orgueil et avidité Guy de Maupassant est un auteur très plaisant à lire. Son Bel-Ami  est un roman du 19ème siècle mais son écriture m’apparaît légère, mordante, raisonnablement soutenue, en un mot moderne. Il dépeint avec talent et apparemment lucidité le monde de l'édition et son microcosme mondain dans les années 1880 sous l'angle de Georges Duroy, un ambitieux jeune homme fraichement débarqué de Normandie. Pour Georges, tous les moyens sont bons pour obtenir sa place au soleil à Paris malgré une modeste condition sociale et une intelligence dans la moyenne. Son charme et sa figure avenante remportant tous les suffrages auprès de la gente féminine et accessoirement chez quelques collègues hommes, il ne va pas hésiter à profiter de son statut de joli coeur. Ce personnage à la fois aimable et repoussant est très bien écrit car il glisse graduellement, au fur et à mesure de ses conquêtes, de garçon plein de doutes à arriviste sans foi ni loi sans que cela ne gène plus que ça...