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Articles

Affichage des articles du 2021

Vivre avec nos morts (Delphine Horvilleur)

Soutenir les vivants La rabbine Delphine Horvilleur, dont l'une des attributions est d'accompagner la famille et les amis à l'occasion d'un décès, témoigne ici de son expérience et de ses réflexions sur le thème de la mort. Elle le fait évidemment à travers le prisme de la religion et de la philosophie juive. De mouvance clairement libérale, elle s'exprime avec érudition, clareté, bienveillance et une dose non négligeable d'esprit piquant. Les quelques blagues juives qui jalonnent le livre témoignent du recul salvateur d'une référente de Dieu sur terre vis-à-vis de la pratique de la religion et de Dieu lui-même.  C'est ça qui m'a le plus frappé : l'ouverture d'esprit et l'absence de prosélytisme. Ici, point de vérités assenées ni de vie éternelle à coup sûr, comme on l'entend très souvent, mais, à la place, l'humilité de dire qu'on ne sait pas ce qu'il y a après et l'idée que les femmes et les hommes du passé ouvrent l

Avant le labyrinthe : la braise (James Dashner)

  Boucler la boucle J'y suis quand même arrivé à lire la véritable préquelle de la trilogie L'épreuve, mieux connue sous le nom de celle du  labyrinthe. Le tome précédent,  L'ordre de tuer,  racontait les éruptions solaires, le virus de la braise et le combat pour survivre, mais n'abordait pas encore le projet du labyrinthe et encore moins l'entrée de Thomas et de Teresa dans l'arène, puis qu'ils existaient à peine. Là, on y est carrément et c'est le grand bénéfice de ce tome : le fan de la saga post apocalypse ne peut que se réjouir. Il découvre non seulement les tenants et aboutissants de l'histoire mais aussi retrouvent les "blocards" avant qu'ils ne perdent la mémoire. On croise bien sûr la route d'une Ava Paige pleine de duplicité, et même celle de Jorge et Brenda qui arrivent plus tard dans le récit. C'est clair, fluide, efficace, ce n'est pas de la grande littérature mais ce n'est aucunement décevant. James Dashne

Le dîner (Herman Koch)

Cartes sur table La couverture du format poche de ce roman néerlandais annonce la couleur. Sur fond de ciel bleu, un homard sur son assiette fixe froidement le lecteur, telle une métaphore du dîner de tous les dangers entre deux frères et leurs épouses. Paul, le narrateur, se rend à reculons dans un restaurant ridiculement chic (voir extrait ci-après) à la demande de son frère, un politicien de stature nationale. Malgré une aigreur palpable, le dîner commence avec une relative légèreté sous la forme d'une critique moqueuse des rapports sociaux. Ce n'est qu'après l'entrée que le plat de résistance est servi. L'heure est grave, les deux familles sont réunies pour discuter des agissements de leurs enfants. Dès l'apparition dans le récit de l'enjeu dramatique, un signal d'alarme s'est mis à se manifester en moi et la suite des évènements confirmera cette impression. La comédie sarcastique laisse place à une ambiance de thriller dont l'angle de vue m&

Changer l'eau des fleurs (Valérie Perrin)

  À la vie, à la mort Violette Toussaint porte bien son nom. Gardienne de cimetière, elle vend des fleurs aux vivants qui rendent visite à leurs disparus. J’aime ce détail poétique qui m’évoque le conte. Pourtant « Changer l’eau des fleurs » est très ancré dans la réalité, avec sa dose de drame et de ses pendants : l’espoir, l’amour, la renaissance .. Je l’ai lu avec plaisir tout en prenant mon temps. Aussi parce qu'il a pu me paraître long à quelques moments. J’ai trouvé la chronologie parfois confuse et le récit de l’histoire d’amour entre Irène et Gabriel en partie inutile à l’intrigue principale.  Cela reste un roman émouvant, joliment écrit avec poésie et bons sentiments. Le Livre de Poche - page 206 En me couchant, je pense que je n'aimerais pas mourir au milieu de la lecture d'un roman que j'aime

Une bête au Paradis (Cécile Coulon)

  La ferme des animaux Le Paradis,  c'est la ferme des Émard, une famille d'éleveurs-agriculteurs dans un petit coin de France indéterminé. Y vivent la vieille Émilienne et ses deux petits-enfants, Blanche et Gabriel, orphelins de parents, ainsi que Louis, le commis. Cette ferme, c'est toute leur vie, qu'ils rêvent de s'en échapper ou non. L'arrivée d'Alexandre, l'amoureux de Blanche, bouleversera l'équilibre familial, déjà plutôt précaire. Chronique familiale et thriller psychologique, Une bête au Paradis bénéficie d'une belle écriture inspirée, un brin onirique, aux accents parfois un peu trop grandiloquent à mon goût. Mais ce style peu réaliste, presque expressionniste, notamment quand il s'agit de décrire les émotions débordantes de Blanche, convient toutefois pour camper le portrait d'une famille qui bénéficie dans la région d'une aura de prestige et de mystère.  Les personnages bien écrits par Cécile Coulon sont dans le même es

1984 (George Orwell)

Sousvivre* Ma première lecture de ce livre date justement des années 1980. J'avais été impressionné par un sujet qui, plus de 30 ans après, est plus que jamais d'actualité, voire nous pend au nez, au moins dans certaines régions du monde. Ce qui m'a interpellé cette fois-ci est de constater à quel point George Orwell pressentait l'arrivée des technologies qui, depuis, ont eu le temps de s'installer dans nos vies. Quand bien même les télécrans décrits dans son roman, publié en 1949, semblent bien rétro en 2021, ils ne l'étaient pas encore tant que ça en 1984. Je me souvenais pas mal de l'univers oppressant décrit par Orwell, un régime totalitaire qui annihile absolument toute liberté individuelle au profit d'un incompréhensible intérêt (pas du tout) général. Les explications sur le "néoparler", la langue officielle de cette nation dystopique, et sa propension à réduire la richesse du langage et donc la réflexion de ses habitants pour mieux les s

Zaï zaï zaï zaï (Fabrice Caro)

  Woho woho J'aime ce titre dont on ne comprend le sens qu'au dernier dessin (en fait l'avant-dernier pour être précis, le dernier étant hilarant aussi), un titre aussi absurde que le scénario de la bande dessinée de Fabcaro. Zaï zaï zaï zaï ou l'histoire, qui certes ne va pas très loin, d'un homme poursuivi par la police et les médias car il se présente à la caisse d'un magasin en ayant oublié sa carte de fidélité dans son autre jean mis au sale. Rien que ça, ça vaut toutes les idées du monde. On aperçoit déjà la moquerie sous-jacente de la société qui se profile, à notre plus grand plaisir. Je crois que ce que j'ai préféré par dessus tout, c'est la structure des planches indépendantes les unes des autres qui déploient l'histoire en petits sketchs souvent saugrenus et encore plus souvent drôles. Bravo Fabcaro. 6 pieds sous terre éditions

Petit pays (Gaël Faye)

Fuite de l'enfance Son très large succès n'a rien d'étonnant. En plus d'avoir un scénario bien ficelé, écrit d'une plume émouvante et particulièrement frappante pour un premier roman,  Petit pays  est un témoignage important, de par son point de vue singulier, peut-être inédit, sur l'absolue horreur du génocide tutsi de 1994 au Rwanda et au Burundi. Gaël Faye se raconte en partie lui-même, enfant d'un père français et d'une mère rwandaise qui grandit au Burundi. Son personnage Gaby vit au fond d'une impasse plutôt protégée de l'affreux tumulte, du moins au début. J'ai trouvé fort d'assister au processus de sortie de l'enfance, à la fois progressif, avec ses enjeux habituels auxquels tout le monde peut se rattacher, mais aussi avec ses terribles à-coups inconcevables pour la plupart d'entre nous. Le livre est d'autant meilleur qu'il plonge le lecteur dans l'atmosphère de l'époque tout en le laissant quand même la pl

Élévation (Stephen King)

Coeur léger Une lecture non prévue cet été avec ce court roman trouvé dans la boîte à livres de mon lieu de vacances. Un roman inhabituel (de ce que j'en connais) pour Stephen King, une histoire traitée avec légèreté, et je dirais avec superficialité. Pourtant, ce qui arrive à Scott n'est pas drôle du tout. Il pèse de moins en moins sur la balance chaque jour alors que sa masse reste la même, que son apparence ne bouge pas, comme si la gravité n'avait plus d'effet sur lui ... Et la même chose se produit pour les objets et êtres humains en contact avec lui (c.f extrait ci-après). Malgré une situation tragique inexorable et inextricable, notre héros décide de prendre les choses du bon côté et de faire les choses bien et ainsi "finir en beauté". Par son texte fluide et naïf,  Élévation ressemble à de la littérature jeunesse. C'était parfait pour une lecture de serviette de plage. Le Livre de Poche - page 35 "Dis-moi ce qu'il y a d'autre. - Ce ma

La ride du souci (Grégoire Thoby)

Le père prodigue Gaëtan est le "premier fils" de Bernard, et lui le dernier des petits escrocs qui, grâce à son charme effronté, emprunte de l'argent, sans jamais rembourser, à des femmes fragiles et à de vieux messieurs influençables. Gaëtan est aussi le prolongement fictif de Grégoire Thoby qui s'inspire apparemment de son propre paternel dans un premier roman largement autobiographique sans que l'on sache vraiment à quel point.  Le récit adopte d'abord l'angle de vue de Gaëtan, en vadrouille dans le désert espagnol comme pour tenter d'échapper à un père encombrant. On s'attend instinctivement à voir cette histoire de famille se poursuivre au travers du regard d'un fils en quête d'une forme d'équilibre mais complètement impuissant à changer la personnalité du père qu'il aime malgré tout. Pourtant, assez vite,  par le biais d'une scène fantasmée par Gaëtan qui imagine Bernard en train d'entamer un processus de remise en que

La consolation de l'ange (Frédéric Lenoir)

Le bout du tunnel Quand Blanche, 92 ans et en soins palliatifs, partage sa chambre avec Hugo, 20 ans, hospitalisé pour une tentative de suicide. La leçon de vie viendra de la plus mal en point. Philosophique, développement personnel, feel-good, fantastique ... ce roman c'est un peu de tout cela à la fois. Charmant et un peu naïf malgré le sujet, il a l'avantage d'aborder avec simplicité le thème de l'expérience de mort imminente, le fameux tunnel de lumière en phase de coma, dont je ne sais trop quoi penser, surtout après un roman comme celui-ci. L'auteur semble y croire mais a la bonne idée d'incorporer une petite dose de fantastique dans son récit comme pour rappeler au lecteur qu'il s'agit seulement d'un roman et qu'il faudra se renseigner et lire de vrais témoignages pour se faire sa propre idée sur le sujet. Autrement, le récit prend la forme d'un dialogue sur les grandes questions existentielles et surfe sur l'idée réconfortante que

La fin des temps (Haruki Murakami)

Winter is coming Un informaticien de haut vol protège les données de ses clients grâce à une procédure unique, réputée inviolable, réalisée par son cerveau en état d'inconscience. Parallèlement, dans un autre espace-temps, un homme est séparé de son ombre contre sa volonté car il pénètre, sans qu'on sache pourquoi, dans une ville mystérieuse entourée de murailles au pied desquelles paissent des licornes. On imagine rapidement qu'il y a un lien entre ces deux récits. Mais lequel ? Ce roman est un curieux mélange de dystopie, héroic fantasy, horreur et thriller d'espionnage et il est justement captivant par son étrangeté. Il foisonne d'idées originales aux métaphores, lorsqu'il y en a, que je n'ai pas forcément saisies et les liens entre les deux histoires ont pu aussi m'échapper. Cela ne m'a pourtant pas empêcher de suivre l'intrigue car elle sait aussi prendre son temps. Elle regorge de détails quotidiens qui pourraient être ennuyeux mais qui tro

Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon (Jean-Paul Dubois)

  Chacun sa route Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon est un titre à rallonge mais bien trouvé car il colle parfaitement au prix Goncourt 2019 qui, sans réelle intrigue, m'apparaît surtout comme une galerie de portraits d'hommes et de femmes qui traversent leur vie avec leur force, leur boulet au pied ou tout simplement leur vision du monde bien souvent différente de celle de leur voisin. Paul est un Français qui purge une peine de deux ans dans une prison de Montréal. Comment en est-il arrivé là ? C'est tout le propos du récit de son parcours, constellé de flashbacks, entre une mère libertaire et gérante de cinéma, un père danois et pasteur, une femme amérindienne et pilote d'hydravion, un voisin président de copropriété insupportable et un compagnon de cellule brut de pomme et fan de Harley Davidson. Tout un programme. Ce dernier est à mes yeux le personnage le plus réjouissant et attachant du roman avec son franc parler dénué de filtre. Pres

La grande escapade (Jean-Philippe Blondel)

Escapade dans le temps Merci le club de lecture #latresse ! Je continue la découverte des romans de JP Blondel, dont j'apprécie la veine sensible et intime. Intime même lorsqu'il met en scène un groupe scolaire dans les années soixante-dix. Plusieurs familles d'enseignants et directeurs vivent dans des appartements de fonction et se côtoient tous les jours, au travail et dans le quartier. Un roman chorale sur une époque, son atmosphère, ses moeurs et ses méthodes éducatives. Il dépeint avec lucidité, tendresse et dérision, des adultes et des enfants plus vrais que nature, avec leur bonne volonté et leurs faiblesses.  Lorsqu'on a grandi plus ou moins à cette époque, on ressent un sentiment de déjà vu en se plongeant à nouveau dans une France qui a en partie disparu, avec son autorité à l'ancienne, les rôles père/mère et homme/femme plus marqués, et sa paradoxale liberté due à un contexte général différent. Le lecteur, lui aussi, vit sa grande escapade, un voyage dans

Je suis faite comme ça (Juliette Gréco)

Coin de vie Théâtre du Châtelet, février 2012, longue robe noire, visage et mains dans la lumière, la silhouette de Juliette Gréco, à la fois fragile et imposante, se détache du décor brut de la scène. J'ai la certitude d'être un privilégié au premier rang du balcon à l'écouter égréner les grands classiques de son répertoire avec la voix et le mouvement juste. Après ce récital, elle chantera encore 4 années avant d'arrêter au terme de 70 ans de carrière musicale. En 2012, elle vient de rédiger ses mémoires Je suis faite comme ça , davantage une série d'instantanés et de souvenirs qu'une autobiographie exhaustive.   Elle y aborde avec pudeur et franchise - ce n'est nullement contradictoire - son enfance, l'occupation allemande, son arrivée à Saint-Germain-des-Prés, la chanson, le cinéma, ses amours, ses amis, ses engagements, tout cela sans jamais s'appesantir et en livrant quelques anecdotes amusantes qui témoignent de son indépendance de caractère.

La commode aux tiroirs de couleurs (Olivia Ruiz)

  C'est l'Espagne, ça vous fait les pieds* Pourquoi ai-je choisi ce roman ? Évidemment parce que j'aime Olivia Ruiz et son répertoire musical. La jeune femme d'origine espagnole utilise cette fois un format plus long que celui d'une chanson pour raconter de façon distanciée (jusqu'à quel point ?) l'histoire de sa propre famille, ses grands-parents ayant fui l'Espagne franquiste pour être accueillis fraîchement par les Français. En ça, le récit repose donc sur une réalité qu'il est intéressant de découvrir à travers le caractère trempé de Rita et de ses soeurs. Il s'agit, à mes yeux, d'un premier roman pas totalement abouti, notamment dans sa structure qui m'est apparue maladroite. Cette fameuse commode héritée par la petite-fille, une belle idée en soi (1 tiroir, 1 souvenir), est utilisée étrangement. Trop peu exploitée, on ne la visualise pas, on n'y croit pas ... alors même que l'objet narratif était là pour mettre en scène un

Quand nos souvenirs viendront danser (Virginie Grimaldi)

C'est la vie Dans mon esprit, je mettais les romans de Virginie Grimaldi à la hauteur de Mémé dans les orties d'Aurélie Valognes que je n'avais pas aimé du tout. Alors quand Quand nos souvenirs viendront danser m'est tombé dans les mains, presque accidentellement, j'y suis allé très prudemment. Et bien dites donc, je me suis laissé emporté par ce joli roman, indiscutablement bourré de trop bons sentiments mais terriblement distrayant, émouvant, drôle et étonnamment abouti. Je l'ai lu en un rien de temps, souvent amusé par les clichés et les situations faciles, mais gagné par le charme d'une bande de petits vieux esquintés par la vie et pourtant combatifs. Ils vont se démener pour que leur quartier ne disparaisse pas au nom du progrès et de l'urbanisation. Au passage, c'est leur vie et plus particulièrement celles de Marceline et Anatole qui nous sont racontées grâce à des retours en arrière pas mal ficelés. N'étant pas le premier client de cett

Les gratitudes (Delphine de Vigan)

Qu'est ce qu'on dit ? C'est toujours mieux en le disant : n'oublions pas de dire "merci" à ceux qu'on aime. Si on les aime, c'est qu'il y a une raison. Michka, elle, voudrait remercier ceux qui l'ont sauvée lorsqu'elle était petite fille pendant la guerre. Et le temps commence à lui manquer puisque aujourd'hui elle entre en maison de retraite. Elle est de moins en moins autonome et souffre d'aphasie, un trouble du langage qui fait que les mots se mélangent entre eux et ne sortent pas comme il le faudrait de sa bouche. Une poésie burlesque jalonnent ainsi les dialogues avec Marie, sa fille de coeur et Jérôme, son charmant orthophoniste, et elle est la bienvenue car le propos est grave, par nature. Au premier abord, Les gratitudes  peut apparaître succinct. L'auteure va à l'essentiel et se concentre notamment sur le présent de la vieille dame, sans s'attarder sur sa longue vie, mis à part quelques détails clés de son enfan

L'anomalie (Hervé Le Tellier)

  Le miroir du monde Je suppose que ce prix Goncourt n'est pas meilleur qu'un autre mais une chose est sûre : il est brillant et captivant. L'auteur explore un genre en général plutôt exploité par les romanciers américains plus connus pour l'efficacité de leurs scénarios et l'intensité de leur suspense que pour leur style littéraire. Hervé Le Tellier, lui, parvient à scotcher le lecteur façon page-turner sans pour autant négliger la qualité de l'écriture. Une "anomalie" spatio-temporelle dont qu'il faut mieux taire ici la nature exacte de peur de divulgâcher l'intrigue, apparaît lors d'un vol Air France Paris-New York. Ses effets sont spectaculaires. De quoi électriser la population et faire paniquer les gouvernements ... L'anomalie s'apparente au roman fantastique mais a rapidement l'intelligence de mêler anticipation, psychologique, sociologique, philosophique et métaphysique. Ça évoque Trump et Macron, le confinement, le rep

Là où rêvent les étoiles (Éric Marchal)

Les piliers de fer Le titre poétique de ce roman est une invitation au voyage : un voyage dans le temps entre 1863 et 1918 et principalement deux lieux : Grenade et Paris. Au centre du récit, il y a les époux Delhorme, l'une artiste et l'autre scientifique, et leurs trois jumeaux nés en plein palais de l'Alhambra avec l'aide de ... Gustave Eiffel, de passage dans le coin presque par hasard puisqu'il est en recherche de projets pour faire vivre son entreprise qui n'a pas fini de gagner en prestige. Éric Marchal confectionne un canevas romanesque qui se noue autour de cette famille fictive, bohème et humaniste qui croise le chemin de personnalités historiques, à une époque où les sauts de géant de la science et son application concrète dans la vie des gens ne laisse entrevoir que la face positive du progrès. Cette grande saga historique de plus de plus de 1000 pages possède un petit côté Les piliers de la terre , version 19ème siècle. Ponctuellement, j'ai pu t

Pierre et Jean (Guy de Maupassant)

  Faux frère Bel-Ami date de mes années lycée et m'avait laissé le souvenir d'une oeuvre moderne et abordable, malgré l'indéniable exigence de la langue. J'ai à nouveau ressenti cela avec Pierre et Jean , un roman qui se lit vite, avec une agréable fluidité. Pierre et Jean vivent au Havre auprès de leurs parents. Quand il apprend que Jean s'apprête à hériter d'un vieil ami de la famille, Pierre commence à se poser des questions qui ne feront qu'aggraver la mésentente cordiale installée depuis longtemps entre les deux frères. Cette histoire de famille qu'on appellerait dysfonctionnelle de nos jours, aborde de façon audacieuse et crédible un sujet qui n'était pas anodin dans les années 1880, celui de l'adultère. Le récit est plutôt simple et resserré sur quelques personnages seulement. Chacun d'eux est marqué et mis en opposition avec ceux des autres. Les points de vue sur l'affaire s'enchaînent donc même lorsqu'il s'agit de ce

Frank et Billy (Laurie Colwin)

  Les charmes discrets de la vie extra-conjugale Laurie Colwin serait célèbre, voire culte, aux États-Unis, grâce à des romans tels que Frank et Billy publiés en France après sa mort. Je vois très bien ce qui peut plaire au public cible, de toute évidence davantage féminin que masculin, dans cette littérature aux accents tendres et spirituels qui, l'air de rien, réalise une subtile critique de la bonne société américaine et de la vie de couple. Personnellement, je n'y ai pas particulièrement trouvé mon compte. La première partie n'est pas désagréable car on découvre de l'intérieur la liaison secrète de Francis (Frank) et Josephine (Billy), pourtant engagés chacun de leur côté dans une vie maritale tout ce qu'il y a de plus réussie. Leurs états d'âme diffèrent grandement l'un de l'autre et sont exploités avec légèreté et recul, ce qui est plutôt bienvenu. J'ai surtout décroché dans la seconde moitié du roman lorsque, leur histoire terminée sans déses

Leurs enfants après eux (Nicolas Mathieu)

  L'effroyable douceur d'appartenir Le prix Goncourt 2018 se termine par ces mots. Au même titre que le titre du roman, ils illustrent à merveille ce que l'auteur a voulu faire en racontant une région, une époque, une génération. Apparemment  Nicolas Mathieu sait de quoi il parle. Il faut, comme lui, avoir été ado en Lorraine suburbaine dans les années 90 pour faire vivre Anthony, Hacine, Stéphanie, Hélène et Patrick. Ses personnages sont les archétypes d'une France périphérique, à la fois banals et saisissants, emportés par une vie déjà écrite à leur place, sauf à avoir les armes et accès à l'ascenseur social qui dépendent essentiellement du milieu social où l'on grandit. Le lecteur, lui, n'a pas forcément vécu la même expérience mais il sait intuitivement que tout est parfaitement juste et en place.  Plus que l'histoire quasi-quotidienne et sans réelle tension dramatique (la relation entre Anthony et Hacine fait un peu office de) et les protagonistes r

Une partie de badminton (Olivier Adam)

Exister, quel sport de rue Rien ne me met plus littérairement en joie que la perspective d'un roman d'Olivier Adam. Je n'ai donc pas boudé mon plaisir en ouvrant Une partie de badminton , sa plus récente sortie en poche. Au premier abord, la recette habituelle, testée et approuvée par votre serviteur, est savamment exécutée par le biais du contexte récurrent du double fictif de l'auteur : écrivain, deux enfants, politiquement engagé à gauche (c'est particulièrement marqué dans ce roman) et en proie à une désespérance existentielle entre région parisienne et Bretagne. Malgré cela, j'ai assez vite ressenti un ton différent. Le narrateur, cet homme pas simple mais attachant quand on est dans sa tête, est moins au bord de la rupture que d'habitude. En tout cas, l'auteur en fait un peu moins dans la noirceur psychologique. En contrepartie, tous les déboires possibles, ou presque, tombent sur le coin de la tête de notre anti-héros : personnels, conjugaux, fami

Pot-Bouille (Émile Zola)

Faites ce que je dis ... Le personnage central du très choral  Pot-Bouille (qui signifie "popote" ou "tambouille") est Octave Mouret, issu de la branche de la petite bourgeoisie de l'arbre généalogique des Rougon-Macquart, coincée entre les Rougon proche du pouvoir et les miséreux Macquart. Octave arrive à Paris pour y faire son trou et pour cela, rien de tel que mettre la main sur une maîtresse bien placée, peu importe finalement qu'elle soit mariée ou non. Derrière les portes du bel immeuble cossu et surtout "comme il faut" de la rue de Choiseul dans lequel il s'installe, les adultères, combines d'argent et autres atteintes à la bonne morale y vont bon train, tout cela sous l'oeil blasé des domestiques qui se débattent eux-mêmes dans leurs propres contradictions. L'histoire, resserrée sur le petit monde d'un immeuble bourgeois où l'hypocrisie règne en maître, se situe entre le vaudeville grinçant et le drame social. Il es