Mixologie
Frank Meier a existé. Juif autrichien, Français de cœur, il a été barman du Ritz de 1921 à 1947 et a traversé les années de guerre derrière son bar à fréquenter les officiers allemands et le gratin parisien plus ou moins germano-compatible, tous ignorants de ses origines. Philippe Collin que j’aime écouter sur mon application Radio France a écrit un brillant roman sur sa vie, forcément romancé dans les détails mais, je crois, le plus proche possible de la réalité.Quel plaisir de traverser en lecture ces quatre années d'occupation à partir d’un angle inhabituel. L’Histoire par la petite lorgnette, c’est ce que je préfère. Pourtant le Ritz n'est pas un endroit comme les autres à Paris mais bien un lieu à part qui semble avoir été le centre névralgique d'intrigues mondaines et politiques.
J'ai aimé suivre mois après mois l'évolution de la situation à Paris, ainsi que le quotidien et l'état d'esprit du barman du Ritz, dans un premier temps favorable au maréchal Pétain, héros de la Grande Guerre. Le roman alimente l'idée qu'il n'est jamais facile d'être irréprochable face à l'Histoire quand on doit survivre au jour le jour face à l'occupant despote et antisémite. Il faut savoir mélanger les ingrédients avec talent. C'est tout l'art du cocktail.
Passionnant et émouvant.
Albin Michel - page 248
Depuis plusieurs jours, Frank s'étonnait de la présence de vieux vélos montés sur cales dans l'arrière-boutique du salon de coiffure. Un groom vient de la lui expliquer : Elmiger a embauché une équipe de cyclistes pour faire chauffer les casques à permanente à la force des mollets et des dynamos.Un vrai coup de génie. Les coupures de courant se multiplient dans Paris, mais les clientes auront leur mise en plis. Dehors, on traque les juifs, on fusille des gamins au mont Valérien, on meurt de faim, mais un palace se doit d'être irréprochable pour ce qui est des bigoudis.Le Ritz, lieu des illusions.
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