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L'inconnue du portrait (Camille de Peretti)

 L'inconnue du portrait - Camille de Peretti

Roman qui bouche les trous

L’inconnue du portrait a l'accroche parfaite. Si on apprécie un minimum la peinture, un coup d'oeil à la quatrième de couverture et on a envie de le lire.

"Le portrait d'une dame", un tableau peint puis repeint à nouveau par Gustav Klimt est volé quelques décennies plus tard avant de réapparaître en 2019 à la porte d’un musée,. Tout cela dans un mystère le plus complet. Camille de Peretti a trouvé le prétexte idéal pour boucher fictionnellement les trous de l'histoire de l'Art.

"Le syndrome de Stendhal, c’est le trouble physique et psychologique que peut provoquer une œuvre d’art."

Avec fluidité, sentiment et ce qu’il faut de poésie, l'auteure bâtit un livre à la fois roman historique, fresque familiale et enquête policière. Le romanesque y est à son comble.

Le Livre de Poche

Martha versa le chocolat, brun, épais, brûlant. Puis elle montra comment il fallait prendre un peu de crème fouettée avec la cuillère en argent et la tremper dans le chocolat.
Isidore porta ce délice à ses lèvres, ses yeux brillaient de plaisir. La chaleur l'emporta sur les premières sensations, le goût métallique de la cuillère lui sembla irréel, puis vint l'onctuosité de la crème qui fondait son palais, et la douceur se mêlant à l'amertume. S'il avait osé, il aurait ri de gourmandise mais l'instant était solennel, et il avait peur d'en renverser et de faire une tache sur son ruban bleu. L'air au-dessus de sa tasse lui sembla plus léger. La cuillère récolta à nouveau un petit nuage alvéolé plus délicat qu'une plume avant de plonger dans le lac brillant et sombre qui l'attendait. C'était une boue merveilleuse et sucrée qui lui coulait dans la gorge et une impression générale de temps suspendu se grava en lui, le tintement des verres et des tasses alentour, le bruissement indistinct des clients attablés et le regard empli de douceur de sa mère qui contrastait tant avec celui des jours ordinaires où elle lui apparaissait comme une femme fatiguée. Martha observait son fils de toute son âme, elle voulait inscrire cet instant de délectation pure dans l'immense édifice de ses souvenirs, comme on l'aurait fait d'un baiser, un baiser de chocolat et une envie de se lécher les doigts.

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