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Emile Zola - La bête humaine

 Emile Zola - La bête humaine

Tout le monde déraille

Parmi les Rougon-Macquart les plus célèbres, lus à l’adolescence pour la plupart, La bête humaine était probablement le tome que j’avais le plus hâte de découvrir. Malgré sa réputation, il m’a moins plu que L’assommoir, Germinal ou encore Le bonheur des dames et que d'autres beaucoup moins connus (je pense à La Terre ou à Pot-Bouille).

Je ne suis pas sûr de comprendre pourquoi car encore une fois, la proposition de Zola est forte et accrocheuse dans ce polar social noir, sorte de thriller autour du monde ferroviaire et de celui du crime et de la justice (deux projets d’écriture que l’écrivain aurait finalement décidé de fusionner pour faire tenir sa saga en vingt romans).

Dans ce tome, on ne quitte pas une minute le milieu des cheminots et tout particulièrement la ligne de chemin de fer Paris St Lazare-Le Havre. L’intrigue se déroule à l’intérieur ou autour des deux gares, ou le plus souvent le long des rails entre les deux.

Le roman commence fort avec une violente scène de ménage suivie d’un meurtre et continuera à poser l’ambiance avec quelques chapitres spectaculaires organisés autour de la Lison, petit nom de la locomotive attitrée de Jacques Lantier, son mécanicien (c’est à dire son conducteur, à ne pas confondre avec le chauffeur qui alimente la machine en charbon). Elle sera l'héroïne d’une épique traversée de tempête de neige, puis d'un déraillement spectaculaire.

Émile Zola continue sa peinture de la part sombre de l’âme humaine au travers de Jacques, « bête humaine » malade de l'hérédité familiale qui atteint ici une sorte de paroxysme. La plupart des autres personnages ne sont guère plus brillants …

Folio classique - page 479

Étranglé, il ne soufflait plus. Une clameur de foule, dans son crâne, l'empêchait d'entendre; tandis que des morsures de feu, derrière les oreilles, lui trouaient la tête, gagnaient ses bras, ses jambes, le chassaient de son propre corps, sous le galop de l'autre, la bête envahissante. Ses mains n'allaient plus être à lui, dans l'ivresse trop forte de cette nudité de femme. Les seins nus s'écrasaient contre ses vêtements, le cou nu se tendait, si blanc, si délicat, d'une irrésistible tentation; et l'odeur chaude et âpre, souveraine, achevait de le jeter à un furieux vertige, un balancement sans fin, où sombrait sa volonté, arrachée, anéantie.

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