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Articles

Des ruptures (Victoria Bonus)

  I'm a survivor En apparence, Eléonor est une femme accomplie qui assure. Elle est brillante dans son métier de consultante qu'elle a obtenu à la force du poignet, elle soutient son mari dans ses projets et elle élève deux fils qui sont la prunelle de ses yeux. Mais comme beaucoup d'autres femmes à la charge mentale trop importante, elle fait bonne figure. Elle préserve à ses dépens un mariage toxique et son adolescent en difficulté. Jusqu'à la rupture. Jusqu'aux ruptures. Je crois que dans tout roman, il y a certaines vérités, des racines du réel, et que dans les autobiographies, il y a beaucoup de mensonges Valérie Perrin, dans Trois De toutes les nombreuses citations du roman - et je les toutes aimées car elles sont accessibles et parlantes - c'est celle qui résume le mieux mon sentiment sur ce roman qui a des airs d'autobiographie. Le ton de la narration n'y est pas pour rien, on a l'impression d'être dans un témoignage davantage que dans un...

Nous rêvions juste de liberté (Henri Loevenbruck)

  Quelle virée ! Jusqu'à ce que mon entourage me conseille cet auteur, je n'avais aucunement conscience de la littérature de Henri Loevenbruck. Dès les premières pages, grâce à l'écriture très orale de l'écrivain, le lecteur est happé par le point de vue et la rare sincérité de Hugo, alias Bohem, un gamin idéaliste en manque de repères qui va trouver son salut au sein d'une bande de garçons sur laquelle règne Freddy auquel il vouera une fidélité sans faille. Cette rencontre déterminante est le point de départ d'une aventure intemporelle et époustouflante qu'il va vivre sur sa moto bricolée à rouler, rouler et encore rouler dans un pays inconnu qui ressemble diablement aux Etats-Unis. Ses amis et lui tenteront de se faire une place dans le monde des bikers, une communauté aux méthodes rudes qui placent les valeurs d'amitié, de loyauté, de respect et d'honneur au-dessus de tout. On verra jusqu'à quel point ... Le roman possède une grande force huma...

Anéantir (Michel Houellebecq)

  Roman existentiel Nous sommes en 2027 (le roman est paru en 2022) et Paul travaille aux côtés du ministre de l’économie qui lui-même est le bras droit d’un président que l’on reconnait sans peine. Les présidentielles approchent à grands pas et l’exécutif doit faire face à d’étranges actes terroristes. Paul a beau être dans le secret des dieux, en ce moment c’est surtout sa vie privée qui le préoccupe. À la lecture de la quatrième de couverture, on pouvait s’attendre à une dystopie à la façon Houellebecq avec, à n’en pas douter, son je ne sais quoi de nihilisme, désenchantement et autre déprime. Finalement, nous n’en avons qu’une esquisse. Les thèmes chers à l’auteur, avec lesquels je ne suis pas particulièrement  familiers, sont frontalement abordés mais pour autant, j’ai eu la sensation, de mon côté, de lire davantage un récit familial et surtout intime plutôt qu’un brulot sur notre société. La menace terroriste restant bancale et mystérieuse et surtout sous-exploitée, la d...

Les sources (Marie-Hélène Lafon)

  Une ferme française Dans le Cantal des années 60, une ferme prospère et moderne, un homme, une femme, trois enfants, du personnel. Le chef de famille est ombrageux mais sa femme a de l’allure. Elle emmène ses enfants le dimanche à la messe dans leur belle voiture. Ce n'est qu'une apparence. Il est violent avec sa femme. Les enfants commencent à avoir peur … Un roman à trois voix entre 1963 et 2021. Trois points de vue sur une histoire familiale pas simple mais terriblement banale, sans drame autre que celui qui sous-tend tout. L’auteure nous dispense en effet des scènes de violence et de séparations douloureuses. Les faits sont tacites mais ils ont bien lieu. Ils sont suggérés plus que racontés au travers des réflexions et des sentiments des narrateurs dans un roman (trop) court.  J'ai aimé l'écriture sobre mais travaillée, un peu sèche mais évocatrice. Je relirai Marie-Hélène Lafon à coup sûr. Le Livre de Poche Ils pourraient avoir une bonne vie dans cette ferme, si ...

Les hommes manquent de courage (Mathieu Palain)

  Confessions nocturnes Jessie reçoit en pleine nuit l'appel de son fils adolescent visiblement bouleversé pour une raison inconnue. Elle lâche tout pour partir le chercher. Commence une longue virée nocturne en voiture et un tête-à-tête inédit et houleux entre une mère et un fils. Ce livre est la version romancée de véritables évènements qu'on aurait confiés à l'auteur. Le thème lié la toxicité de certains hommes avec les femmes est actuel et incontournable et le format du face-à-face où chacun met cartes sur table avait tout pour me séduire. Pourtant, le récit n'a pas entièrement fonctionné pour moi. Je n'ai pas pu m'empêcher de rester à distance de cette histoire pourtant troublante et saisissante. J'avoue ne pas comprendre complètement pourquoi. Peut-être la faute, en partie, à un fils véritable tête à claques et une mère exagérément impudique avec son lui. Reste un sujet essentiel et il était important de l'aborder.  L'iconoclaste J'ai pensé...

Le colonel Chabert (Honoré de Balzac)

  Ciel mon mari Surprise ! Je croyais avoir affaire à un long roman, un épais classique débordant de descriptions et d’aphorismes sur la grande comédie humaine promise. Certes, il n'en manque pas mais l'ouvrage d'Honoré de Balzac tient dans 160 pages qui sont coincées dans un livre de poche pas si mince entre une longue préface et un dossier aussi long que le roman lui-même. Est-ce que j'ai été déçu ? Je crois que oui, car j'attendais davantage de consistance et de rebondissements dans cette histoire d'homme usé dont personne ne veut, en particulier son épouse remariée qui le croyait enseveli à la bataille d'Eylau. Ici on n'est pas dans le comte de Monte Cristo. Pas de vengeance mais le simple constat de la vanité des hommes. J'en ai tout de même apprécié la lecture et notamment quelques portraits cyniques bien saisis. Tout est dit lorsque le roman se termine à peu près sur ces quelques mots : Le Livre de Poche - page 163 Je ne puis vous dire tout ce...

Trois jours et une vie (Pierre Lemaitre)

1999 Trois jours et une vie n’est pas un polar à hémoglobine comme le sont Alex ou Robe de marié . Il s'agit davantage d'un thriller psychologique où le principal ennemi d’Antoine, jeune garçon qui tue accidentellement son petit voisin dans un accès de colère, c’est lui-même. Il n’y a aucun témoin et qui soupçonnerait un gentil gamin ordinaire de 12 ans d’avoir fait ça ? Le défi principal d'Antoine est d'apprendre à vivre et à grandir avec ce poids sur la conscience et avec la peur que la vérité n’éclate au grand jour. Pierre Lemaitre excelle avec sobriété, justesse et ce qu’il faut d’angoisse et de suspense. son roman raconte le parcours saccagé d’un adolescent puis d’un homme marqué au fer rouge par cette tragédie qui se déroule dans la communauté habituellement tranquille d’une petite ville partagée entre compassion, solidarité et querelles de voisinage. Surtout quand la tempête du siècle pointe le bout de son nez ... Parfois j’avais la sensation d’être dans un rom...

Le roman de Jim (Pierric Bailly)

Le roman d'Aymeric Ayant lu ici et là que le film, qui me tentait beaucoup, n’était pas aussi bien que le livre, j’ai préféré ne pas le voir et ainsi ne pas tuer le suspense, ni polluer la lecture du roman de Pierric Bailly avec des images que j’aurais forcément gardées avec moi. Bien m’en a pris. J’ai été immédiatement happé par Le roman de Jim, par son récit très bien construit autour d’un homme en déshérence affective alors que Jim, son beau-fils de 7 ans qu’il a littéralement vu naître et grandir à ses côtés, lui est violemment enlevé. Une histoire assez cruelle pour tout lecteur empathique. Je qualifierais la plume de Pierric Bailly de très orale. il écrit comme Aymeric cogite, c’est à dire avec simplicité, humanité et sensibilité. Il embarque complètement le lecteur dans les états d’âme d’un anti-héros cabossé par la vie, et dans ses pensées et réflexions d’une justesse et d’une finesse assez remarquables. Son style minimaliste suscite l’émotion. J’ai lu ce livre très vite, a...

Peau d'homme (Hubert et Zanzim)

  La recette de l’amour Peau d’homme … le titre de cette bande dessinée à la référence évidente et sa couverture évocatrice annoncent la couleur. Elle va aborder les brûlants sujets de l'orientation sexuelle, de la condition féminine, du sectarisme religieux ou encore des dérives totalitaires dans une fable médiévale qui met en scène Bianca, une noble jeune femme en passe de se marier. Quoi de mieux pour découvrir Giovanni, son futur époux, que de revêtir un habit de jeune homme qui se transmet dans la famille de mère en fille pour devenir Lorenzo le temps d'une nuit ou de quelques jours ? La morale de l'histoire et les dialogues sont bien sûr anachroniques mais on bien compris que tout est dans la métaphore et grâce aux dessins simples et expressifs, la parabole est réussie et le message génial.

Madelaine avant l'aube (Sandrine Collette)

  Il était une fois Le roman aurait pu commencer par "Il était une fois". Dans une région et à une époque indéterminées, une famille élargie vit dans leur hameau de trois maisons, une vie de perpétuel labeur en proie à l'arbitraire des seigneurs propriétaires et aux rigueurs et aléas des saisons. Ils courbent l'échine, espérant être oubliés, priant pour que la récolte soit bonne et que la famine les épargnera cette année encore. Ils n'ont pas d'autre choix que la résilience. Seule Madelaine, une gamine sauvage recueillie, développera une forme de refus de la fatalité.  Sandrine Collette, à mesure que je découvre ses romans, prend une place de choix parmi mes auteurs préférés. Elle a une habilité folle à raconter avec force et intensité des histoires pleines de noirceur et de violence en lui insufflant ce qu'il faut d'espoir, de poésie et d'humanité. Son écriture est admirable et son roman Madelaine avant l'aube sera l'une de mes plus belle...

Pur sang (Franck Bouysse)

  Être né quelque part Elias a grandi à Eden Creek auprès de Mama et Papa Tulssa après que ses parents ont quitté la vallée pour une raison inconnue sans jamais revenir. Lorsqu’il apprend la vérité, il doit décider s’il part à la recherche de ses origines. Nul ne peut réduire ses origines au silence, sous peine de s'effondrer. Le roman commençait franchement bien en présageant le récit initiatique d’un jeune Amérindien, ou élevé en tant que tel, qui serait confronté à ses racines aux antipodes de son éducation. L’auteur a d’ailleurs la bonne idée d’évoquer les rituels et croyances d’un peuple plus en contact que nous avec les esprits et la nature. Il raconte aussi, en filigrane du parcours d’Elias, la fuite (véritable) de son peuple des Nez-Percés face au colonisateur blanc, il y a une centaine d’années, pour venir s’installer dans le Montana. Mais au bout du compte, la quête du jeune homme en France m’est apparue trop légère. Il semble naviguer sans encombre dans le pays de ses p...

Ton absence n'est que ténèbres (Jón Kalman Stefánsson)

  L'amour et la mort Ce livre, c'est l'Islande immuable, profondément aimée par les Islandais, terre à la fois dure et généreuse, égarée sous l'assaut des éléments et des saisons, engloutie entre deux continents par le ciel et l’océan. Le labeur sans fin, l'amour qu'il faut savoir saisir, le temps qui passe, la finitude des choses et pourtant l'éternité du monde. Les générations se suivent, se répondent dans un dialogue permanent, fusionnent entre elles. Aux côtés de ses ancêtres, chacun marche vers son destin, « tissu des dieux » ou « flèche aveugle du hasard » ? Voilà ce que semble dire Ton absence n’est que ténèbres. une saga familiale ambitieuse, romanesque, nostalgique et magnétique. Elle contient l’âme islandaise et pourtant elle paraît universelle en touchant tout un chacun. Dit comme ça, ça a l'air parfait. mais c'est une lecture exigeante qui a failli me décourager. Surtout au début avec ses multiples personnages aux prénoms islandais dont i...

La Terre (Émile Zola)

  C'est du Zola La Terre est un tome des Rougon-Macquart particulièrement marquant. On a coutume de dire que la terre agricole en est le personnage principal, souvent comparée à une femme aussi bien féconde et nourricière que cruelle et sans merci. Elle est en tout cas l'objet de toutes les convoitises dans ce coin de campagne beauceronne sous le Second Empire. Paysans, grands propriétaires, ouvriers agricoles, commerçants, curés, instituteur, notaire, rentiers, politiciens et autres parasites participent à ce roman choral particulièrement sordide aussi bien dans son épilogue que dans son récit. Ici tout le monde en prend pour son grade dans une impressionnante fresque réaliste et dramatique. Chaque lecteur en sort admiratif et/ou dégoûté mais il est peu probable qu'il en sorte indifférent. Il est frappant de voir combien Emile Zola prend le parti de décrire cette population rurale sans trop de filtres ni tabous : violence, sexualité exacerbée, jalousie, méchanceté, cupidi...

Le nageur (Pierre Assouline)

  Quelqu'un de bien en somme Alfred Nakache, Français né en Algérie, multi médaillé en natation de 1933 à 1943 avant d'être déporté avec sa famille à Auschwitz car Juif et résistant. Sa femme et sa fille ne reviendront pas. Ce livre allie parfaitement abondance d'éléments biographiques et indéniables qualités littéraires. Au début, je dois bien l'avouer, certaines tournures de phrase dans leur souci du style, m'ont paru dépasser le simple cadre du portrait objectif du nageur de Constantine. Mais cette impression n'a été que passagère pour laisser place à l'émotion. On ne peut qu'admirer le parcours d'un homme à qui ténacité et humanité ont été inculquées, des valeurs qui feront de lui l'un des plus grands champions de la natation française et qui lui permettront de survivre à l'enfer des camps de concentration. Ses qualités, ainsi que sa constitution physique et probablement sa notoriété, les nazis glorifiant le sport, lui ont permis de trave...

Mon coeur en cendres (Olivier Adam)

Vogue la galère  Antoine galère dans sa tête. Son meilleur ami s'est suicidé et il en avait fait le rêve prémonitoire. Léa, sa nouvelle petite amie, est heureusement là pour mettre un peu de couleur et d'espoir dans sa vie. En ce début d'été après les résultats du bac, il va la rejoindre dans sa résidence secondaire familiale en Bretagne ... Encore une oeuvre jeunesse pour Olivier Adam. Deviendrait-il le spécialiste du mal-être adolescent avec à ma connaissance un quatrième roman sur ce thème ? La frontière avec ses romans entre guillemets adultes demeure mince, à défaut d'être floue, mais ce roman, m’est apparu, peut-être plus que La tête sous l’eau ou Dans la nuit blanche, particulièrement adolescent. C’est sûrement dû aux nombreux échanges par textos et vocaux entre les protagonistes, une très bonne idée qui réussit à rendre compte tout aussi bien des ressorts psychologiques de Léa et Antoine que les dialogues classiques. Pour autant, même pour cette littérature, Oli...

La vie secrète d'un cimetière (Benoît Gallot)

  Poumon vert Dans ce témoignage autour du Père-Lachaise, Benoît Gallot raconte le plus célèbre cimetière du monde par la lorgnette de son propre parcours qui l'a amené à en devenir son conservateur. Il explique notamment comment il y est entré pas tout à fait par hasard et pourquoi on peut être heureux de vivre et travailler dans un tel lieu. Lorsqu'il nous dit, alors que le cimetière ne chômait pourtant pas pendant les confinements sanitaires, que sa famille et lui disposaient des 43 hectares à leur disposition, on veut bien le croire. Il explique même qu'il est difficile de quitter la filière tant elle est humainement gratifiante. On y apprend aussi un tas de choses sur le fonctionnement, l'Histoire et les petites histoires d'un tel monument aux aspects autant touristiques que funéraires. Le plus passionnant étant les explications sur le retour progressif mais en force de la faune et la flore depuis l’abandon des produits phytosanitaires en 2015. Les photographie...