Démonstration par l'absurde C’est sûr qu’à 16 ans ou à 55 ans on ne lit pas « L’étranger » de la même façon. Adolescent, le roman m’était apparu inintéressant bien que facile à lire. L’illustration de l'absurdité par Albert Camus était bien trop abstraite. 40 ans après, la lecture a cette fois-ci été fascinante. Il n’est pas utile de paraphraser ce qui a été écrit mille fois sur ce classique du 20ème siècle mais c’est vrai que l'écriture blanche de l'auteur reflète remarquablement bien la forme d'indifférence au monde que le héros affiche avec un naturel touchant. Puis il y a sa perplexité face à un procès surréaliste, pas du tout à la hauteur. Et enfin, cette fin cathartique et lumineuse quand il consent à se rebeller face à un prêtre si certain de sa vérité. La dernière phrase est puissante.
Bête noire Les fortes chaleurs des jours derniers ne sont pas certainement pas une excuse mais elles n'ont en rien facilité la lecture de Obéissantes et assassines. Sarah Bernstein, auteure canadienne anglophone, a écrit un roman que je juge exigeant, sinueux, digressif, excessivement introspectif et sans réelle intrigue autre qu'une histoire de villageois superstitieux qui s'en prennent (pas vraiment) à une nouvelle venue parce que des animaux passent l’arme à gauche quand elle traine dans le coin. L'héroïne, contemplative et détachée, semble à peine dérangée émotionnellement par le rejet qu'elle suscite tout en intellectualisant la situation à plein régime. On comprend (un peu) qu'elle trimballe une obscure responsabilité/culpabilité intergénérationnelle qui lui retombe dessus après une sorte de retour au pays pour (re)devenir la bonniche de son frère. J’ai ressenti peu d’émotion et encore moins d'empathie pour cette femme qui traverse ces pages tel un fan...