Agent dormant Dans une petite ville américaine à la bonne société foncièrement raciste, un homme métis à la peau claire se fait passer pour un citoyen tout à fait fréquentable. Son objectif : séduire deux soeurs pour les piéger et ainsi venger son jeune frère lynché pour avoir aimé une femme blanche. Boris Vian écrit là un roman étonnant qui a fait scandale à la fin des années 40. Notre protagoniste est animé par une haine froide et féroce qui transparaît dans le style direct et sans concession. La sexualité y est crue et cruelle. Il n'est pas étonnant que la société de l'époque ait considéré l'ouvrage contraire aux bonnes moeurs. Il m'a moi-même un peu perturbé jusqu'à ce que je comprenne pleinement le propos politique anti-ségragationniste au-delà du défi littéraire que Boris Vian semble avoir relevé et qu'il a mené à son terme avec brio.
Le fumier Je fais lentement mais sûrement mon petit bonhomme de chemin à travers la fresque des Rougon-Macquart. Le 18ème et antépénultième tome est cette fois-ci une plongée dans l’univers de la haute finance et de la spéculation boursière au palais Brongniart sous le Second Empire. Malgré le personnage de Madame Caroline, conscience morale et pourtant tentée par le diable, « L’argent » est un épisode assez masculin et plante dès le premier chapitre le décor flamboyant et presque monstrueux du palais de l'argent, fumier de l'humanité entre poison et terreau du progrès. Comme à son habitude, Émile Zola réalise une incisive peinture sociologique de son temps. Il connaît son sujet sur le bout des doigts et concocte un thriller financier de haut vol qui, au premier abord, peut apparaître assez aride. Mon environnement professionnel m’a aidé à apprécier l’aspect financier des enjeux en place. Parmi la foule d’intervenants avides de gains, il y a ceux qui jouent à la hausse et ceu...