L'emprise Les trois romans de Sandrine Collette lus précédemment contaient des intrigues singulières, intemporelles et sans repère géographique clairement identifié. A contrario, « Ces orages-là » se passe de nos jours en région parisienne et traite d’un thème très actuel : une jeune femme tente de se reconstruire après une relation hautement toxique avec son compagnon pervers narcissique. Malgré l’incontestable nécessité de traiter du sujet comme il se doit sans faux-semblant et filtre qui amoindriraient le propos, l’écriture sombre et sèche de l’auteure, sans que je sache trop l’analyser, m’a moins convenu dans un tel contexte. On ne peut pourtant pas dire que la noirceur habituelle chez Sandrine Collette ne sert pas le portrait psychologique d’une femme détruite intérieurement. La souffrance est remarquablement bien retranscrite. Son obsession à l’encontre de son ex-bourreau, accompagnée de douleur et de terreur, souligne l’emprise malgré la distance physique. Le lecteur capte...
Le journal d’une maison de famille Cette année, la légitimité du lauréat du Prix Goncourt semble moins contestée que d’habitude. Attribué à « La maison vide » de Laurent Mauvignier, il récompense une œuvre spectaculaire aux grandes qualités littéraires. Épais de 750 pages, ce roman à la lecture exigeante fait corps avec ses personnages, surtout féminins mais pas que, et avec les évènements intimes et historiques qu'ils ou elles traversent. L'écriture, étirée en longues phrases, les tourne et les retourne pour en tirer leur substantifique moelle et créer, avec une grande force narrative, une grandiose fresque autour du passé réinventé de la famille de l'auteur sur la base de ce qu'il en sait. La fiction devient réalité et « C’est cette réalité qui se dessine qui deviendra la seule, même si elle est fausse, car la réalité vécue s'est dissoute et n'a aucune raison de nous revenir ; le récit que j'en fais est comme une ombre déformée trahissant la présence d...