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Affichage des articles associés au libellé [Club de lecture]

Métrobate (Maurice Pons)

  Cornélien 1951 (année de parution du roman), un jeune homme se souvient de son été 1945, juste après la libération, lorsque ses parents lui imposent un précepteur pour rattraper des années de guerre peu studieuses. Jeune dandy, charmant et excentrique, son professeur va séduire toute la famille. Ce sera l'équilibre avant la tragédie ... Ce (trop) court roman est un petit bijou d'écriture par son style fluide, élégant et de facture plutôt classique qui déploie subtilement une expérience troublante et ambigüe pour ce "petit garçon" qui ne comprend pas toute l'ampleur des enjeux. J'ai adoré la façon avec laquelle l'auteur énonce les non-dits que nous adultes du 21ème siècle comprenons entre les lignes. Était ce aussi clair pour les lecteurs des années 50 ? En tout cas, même si les mœurs et les temps ont évolué, on continue souvent à juger les gens pour ce qu'ils sont plutôt que pour ce qu'ils font. Christian Bourgeois éditeur - page 113 Vous vous so...

Dans les brumes de Capelans (Olivier Norek)

  Antipode Mon premier Norek ! Depuis qu'on m'en parle ... Sauf que Dans les brumes de Capelans est le 4ème et dernier tome de la série Victor Coste et cela aurait été plus logique de commencer par le premier. Pas grave, il sera toujours temps de lire la série à rebours. C'est un concept. Par le hasard d'une intervention policière, une jeune fille est retrouvée enchaînée dans le sous-sol d'un pavillon, dix ans après sa disparition. Mutique, elle est envoyée pour être interrogée et protégée par le capitaine Coste en poste à Saint-Pierre-et-Miquelon. Mais même au bout du monde, il est difficile de se soustraire au mal, surtout lorsque à cette période de l'année, un opaque et sinistre brouillard recouvre l'archipel pendant quelques jours ... Je comprends l'enthousiasme des lecteurs pour les polars de Norek. C'est bien écrit et son roman, noir juste ce qu'il faut sans tomber dans le violent ou le glauque, s'ancre dans le réel en positionnant so...

Le jour du chien (Caroline Lamarche)

  Nom d'un chien Un chien affolé court le long d'une autoroute. Interloquées et impuissantes, six personnes dans leur véhicule y verront une métaphore de leur vie et de ses impasses comme un révélateur des souvenirs et des manques. Caroline Lamarche concocte ici six courts portraits au sein de ce qui s'apparente davantage à un recueil de nouvelles qu'à un roman tant la présence du chien en commun est à la fois centrale mais aussi trop fine pour construire à mes yeux six chapitres cohérents qui ne font qu'une seule et même histoire. Avec le ton adapté à chacun, l'écriture de l'auteure reproduit brillamment le monologue intérieur des protagonistes avec beaucoup de talent et de personnalité, en passant par exemple de la simplicité du camionneur mythomane à l'érudition du prêtre esseulé. Pourtant, à la première lecture, j'avoue avoir un peu beaucoup peiné à entrer dans chacun de leur monde, à m'intéresser à leur cas et donc à ressentir de l'empat...

Taormine (Yves Ravier)

  Un coup dans l’aile Luisa et Melvil, touristes français, décident de rayonner en Sicile à partir de la belle ville de Taormine où ils ont loué une chambre d'hôtel. Mais, à peine ont-ils mis les pieds dans l'île que de mauvaises décisions les amènent dans une direction quelque peu inattendue. Yves Ravey, que je découvre ici, m'a surpris avec ce roman assez bref des Éditions de Minuit. Le style d'écriture, sans me déplaire, m'a un peu déconcerté. Assez descriptif, avec un narrateur qui reste étrangement à distance, il donne au roman un faux air de journal de bord, mon impression se confirmant avec sa conclusion un peu expéditive qui ressemble à une interruption comme si le narrateur, rattrapé par la patrouille, n'avait pas eu le loisir de conclure. Le roman débute plutôt posément avec le récit d'un couple en vacances et surtout en plein doute qui aimerait se détendre malgré ses problèmes à régler. Anxiété et tracas vont monter crescendo pour tout à coup s...

Nous rêvions juste de liberté (Henri Loevenbruck)

  Quelle virée ! Jusqu'à ce que mon entourage me conseille cet auteur, je n'avais aucunement conscience de la littérature de Henri Loevenbruck. Dès les premières pages, grâce à l'écriture très orale de l'écrivain, le lecteur est happé par le point de vue et la rare sincérité de Hugo, alias Bohem, un gamin idéaliste en manque de repères qui va trouver son salut au sein d'une bande de garçons sur laquelle règne Freddy auquel il vouera une fidélité sans faille. Cette rencontre déterminante est le point de départ d'une aventure intemporelle et époustouflante qu'il va vivre sur sa moto bricolée à rouler, rouler et encore rouler dans un pays inconnu qui ressemble diablement aux Etats-Unis. Ses amis et lui tenteront de se faire une place dans le monde des bikers, une communauté aux méthodes rudes qui placent les valeurs d'amitié, de loyauté, de respect et d'honneur au-dessus de tout. On verra jusqu'à quel point ... Le roman possède une grande force huma...

Le roman de Jim (Pierric Bailly)

Le roman d'Aymeric Ayant lu ici et là que le film, qui me tentait beaucoup, n’était pas aussi bien que le livre, j’ai préféré ne pas le voir et ainsi ne pas tuer le suspense, ni polluer la lecture du roman de Pierric Bailly avec des images que j’aurais forcément gardées avec moi. Bien m’en a pris. J’ai été immédiatement happé par Le roman de Jim, par son récit très bien construit autour d’un homme en déshérence affective alors que Jim, son beau-fils de 7 ans qu’il a littéralement vu naître et grandir à ses côtés, lui est violemment enlevé. Une histoire assez cruelle pour tout lecteur empathique. Je qualifierais la plume de Pierric Bailly de très orale. il écrit comme Aymeric cogite, c’est à dire avec simplicité, humanité et sensibilité. Il embarque complètement le lecteur dans les états d’âme d’un anti-héros cabossé par la vie, et dans ses pensées et réflexions d’une justesse et d’une finesse assez remarquables. Son style minimaliste suscite l’émotion. J’ai lu ce livre très vite, a...

Le nageur (Pierre Assouline)

  Quelqu'un de bien en somme Alfred Nakache, Français né en Algérie, multi médaillé en natation de 1933 à 1943 avant d'être déporté avec sa famille à Auschwitz car Juif et résistant. Sa femme et sa fille ne reviendront pas. Ce livre allie parfaitement abondance d'éléments biographiques et indéniables qualités littéraires. Au début, je dois bien l'avouer, certaines tournures de phrase dans leur souci du style, m'ont paru dépasser le simple cadre du portrait objectif du nageur de Constantine. Mais cette impression n'a été que passagère pour laisser place à l'émotion. On ne peut qu'admirer le parcours d'un homme à qui ténacité et humanité ont été inculquées, des valeurs qui feront de lui l'un des plus grands champions de la natation française et qui lui permettront de survivre à l'enfer des camps de concentration. Ses qualités, ainsi que sa constitution physique et probablement sa notoriété, les nazis glorifiant le sport, lui ont permis de trave...

A prendre ou à laisser (Lionel Shriver)

  Should I stay or should I go ? Kay et Cyril, deux britanniques quinquagénaires se font une promesse : se suicider à 80 ans pour s'éviter la déchéance physique et/ou mentale de la dernière partie de leur vie et, par la même occasion, ne pas être un poids pour leurs enfants et la société. Lionel Shriver propose une douzaine de scénarios différents possibles pour l'épilogue d'une décision plus facile à énoncer qu'à appliquer. Le roman commençait bien car il promettait ce que j'espérais : l'analyse des différentes alternatives offertes aux gardiens d'un tel secret, la date fatidique arrivant à grand pas, y compris leurs dilemmes et scrupules. Un sujet difficile qui m'intéresse tout particulièrement et traité avec une dose bienvenue d'humour et d'ironie ainsi que l'irruption de circonstances inattendues, comme le Brexit ou la crise du Covid, qui ajoutent du piment au débat. A ma surprise, le roman change assez rapidement de direction. Bye bye la...

Samouraï (Fabrice Caro)

  Soirée raclette Écrivain au premier livre quasiment invendu, Alan veut profiter du jardin avec piscine de ses voisins partis en vacances pour se mettre en mode guerrier samouraï et écrire un grand "roman sérieux".  Après "Le discours" et "Broadway", c'est le troisième roman de Fabrice Caro que je lis et j'aime toujours autant son humour, basé sur son sens de l'observation de notre société et de la génération des quadras/quinquas. Lire l'un de ses romans c'est un peu se regarder dans une glace. Ca nous parle, c'est gentiment absurde et décalé et étonnamment perspicace.  L'inconvénient de sa littérature, c'est qu'il applique toujours la même recette. L'auteur choisit un anti-héros, on peut dire un looser même si je n'adhère pas à un tel mot, et raconte avec tendresse et cynisme ses doutes et névroses de gars en pleine crise existentielle. Seul l'angle d'attaque change ; ici c'est celui de l'écriva...

Le répondeur (Luc Blanvillain)

  Caméléon vocal Baptiste est imitateur. Contre rémunération, il accepte de décrocher le téléphone à la place d'un célèbre auteur en mal de tranquillité pour écrire l'oeuvre de sa vie. Il imite la voix de l'écrivain et le libère ainsi de la charge mentale chronophage que représente les autres. Cette mission incongrue avec carte blanche va pousser Baptiste à prendre des initiatives audacieuses et inattendues. Moi qui, encore une fois, aime la littérature réaliste qui sonne "juste", j'ai eu peur quand j'ai compris l'idée du scénario, que cette idée de contrefaçon un peu saugrenue devienne le prétexte à des situations bancales ou invraisemblables, ce qui ne m'aurait pas nécessairement déplu si le scénario tombait dans un excès burlesque, à l'image d'un livre de Franz Barteltt. Au bout du compte, le roman est plutôt sobre même si, il faut l'admettre, toutes les situations ne sont pas d'une crédibilité folle. Le résultat est mordant, moq...

Et toujours les forêts (Sandrine Collette)

Ravage Je sais bien que ce n'est pas une chose à faire mais à la lecture de Et toujours les forêts , je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Ravage pendant une bonne partie du roman, en tout cas ce dont je me souviens du roman de René Barjavel : une histoire de fuite et de survie dans un monde anéanti par la main de l'homme, avec sur les épaules des miraculés le poids accablant du souvenir d'un paradis perdu. L'écriture de Sandrine Collette n'est pas moins lyrique et évocatrice mais dans un style plus rugueux. Les phrases sont courtes, sèches et hachées et le lecteur doit parfois décoder pour saisir pleinement le récit. La nature nourricière et plantureuse a disparu, le monde est à genou, sans lumière, sans couleurs, ni bruits. L'auteure a le talent de nous le faire ressentir. C'est sombre, c'est désespéré, c'est angoissant mais les phrases sont belles. Le roman est magistral. Evidemment, ce qui participe au malaise et à la fascination morbide ...

Des hommes couleur de ciel (Anaïs Llobet)

  Vivre caché ou mourir Avant de commencer la lecture, je m’interrogeais sur le sens de ce joli titre poétique. Je l'ai trouvé nettement moins à mon goût en apprenant que c'est ainsi qu'on appelle en Tchéchénie les hommes qui aiment les hommes. Il n'y a apparemment pas de terme officiel, le déshonneur étant si grand pour la famille qu'un homosexuel doit se résoudre à vivre caché au risque d'être assassiné. Pour Kirem et Makhmoud, être gay est en tout cas un crime bien plus grave que de lancer une bombe dans la cantine d'un lycée de La Haye ... Oumar et Alissa, de leur côté, tentent de laisser derrière eux leur pays en guerre pour se reconstruire aux Pays-Bas. Un roman très actuel, profondément ancré dans la réalité qui, dans le désordre, parlent d'intégration, de liberté, de déracinement, de reconstruction, d'identité, du poids des traditions, de religion, des valeurs en opposition ... Tout cela dans un récit fort et riche, pas si long et vraiment tr...

Le soldat désaccordé (Gilles Marchand)

Je n'étais pas parti la fleur au fusil Ce roman sur la guerre n'est pas tout à fait comme les autres. Pour conter l'histoire du soldat « désaccordé » par l'horreur de la « der des der », il convoque le romantisme, la poésie et le rêve au milieu de la violence des combats. Blessé physiquement, c'est surtout la tête de ce poilu, narrateur du récit, qui n'est plus indemne. Son esprit ne quittera jamais le front, ni tout à fait la guerre après l'armistice. Enquêteur privé pour le compte des familles à la recherche de leurs chers disparus, il va devenir petit à petit obsédé par l'histoire d'amour fou entre Émile et Lucie, îlot de beauté dans toute cette laideur. Une bouée de sauvetage pour lui qui a tout perdu à cause du conflit, sauf le droit de vivre la vie des autres par procuration, de la rêver, de s'y confondre.  J'ai aimé la constante ambivalence de ce roman qui fait cohabiter l'abomination des tranchées et de ses conséquences avec le ré...

Les années douces (Hiromi Kawakami)

Conter fleurette Tsukiko, célibataire trentenaire tokyoïte, travaille beaucoup et aime lever le coude le soir dans des bars à saké, seule ou accompagnée. Un étrange rituel va se mettre petit à petit en place lorsqu'au cours d'une soirée comme les autres, elle rencontre son ancien professeur de japonais au lycée. J'avoue ressentir un sentiment ambivalent concernant ce roman. Je l'ai aimé et il m'a déplu pour exactement la même raison : il est parfaitement japonais, presque davantage que ceux déjà lus (notamment ceux de Ito Ogawa). J'ai ressenti un dépaysement éminemment suave mais aussi reçu le gap culturel de plein fouet. Tout est japonais et si peu occidental chez Tsukiko et Matsumoto : les non-dits, la pudeur, la délicatesse, l'apparente absence d'affect mais aussi la maladresse, la brusquerie, l'excentricité ... Est-ce à cause de cela que j'ai ressenti assez peu d'empathie pour leur couple ? J'ai tout de même observé leur rapprochement...

La fractale des raviolis (Pierre Raufast)

Le rapport avec la choucroute La fractale des raviolis est construit de façon bien particulière, à la manière des poupées gigognes : une histoire en amène une deuxième qui en inspire une troisième et ainsi de suite. Aucune de ces histoires prises à part, n'est déplaisante, elles sont même souvent agréablement insolites, mais à force de les voir défiler, j'en ai assez vite perdu mon latin. Quand la boucle s'est bouclée, c'est le fil du scénario global que j'avais perdu en chemin. Au moins en partie à cause d'un manque de concentration, que je n'ai pas eu envie de corriger. Pour ceux qui en ont marre du réalisme et des autofictions en vogue, il faut foncer. J'y ai surtout vu un exercice de style, intéressant en soi mais qui ne m'a pas convenu. Dans la veine absurde, j'ai préféré  Le jardin du bossu de Franz Bartelt, plus compréhensible et autrement plus drôle. Folio - page 19 Marc et moi étions mariés depuis plus de dix ans. À ma connaissance, pa...

Le dîner (Herman Koch)

Cartes sur table La couverture du format poche de ce roman néerlandais annonce la couleur. Sur fond de ciel bleu, un homard sur son assiette fixe froidement le lecteur, telle une métaphore du dîner de tous les dangers entre deux frères et leurs épouses. Paul, le narrateur, se rend à reculons dans un restaurant ridiculement chic (voir extrait ci-après) à la demande de son frère, un politicien de stature nationale. Malgré une aigreur palpable, le dîner commence avec une relative légèreté sous la forme d'une critique moqueuse des rapports sociaux. Ce n'est qu'après l'entrée que le plat de résistance est servi. L'heure est grave, les deux familles sont réunies pour discuter des agissements de leurs enfants. Dès l'apparition dans le récit de l'enjeu dramatique, un signal d'alarme s'est mis à se manifester en moi et la suite des évènements confirmera cette impression. La comédie sarcastique laisse place à une ambiance de thriller dont l'angle de vue m...

La grande escapade (Jean-Philippe Blondel)

Escapade dans le temps Merci le club de lecture #latresse ! Je continue la découverte des romans de JP Blondel, dont j'apprécie la veine sensible et intime. Intime même lorsqu'il met en scène un groupe scolaire dans les années soixante-dix. Plusieurs familles d'enseignants et directeurs vivent dans des appartements de fonction et se côtoient tous les jours, au travail et dans le quartier. Un roman chorale sur une époque, son atmosphère, ses moeurs et ses méthodes éducatives. Il dépeint avec lucidité, tendresse et dérision, des adultes et des enfants plus vrais que nature, avec leur bonne volonté et leurs faiblesses.  Lorsqu'on a grandi plus ou moins à cette époque, on ressent un sentiment de déjà vu en se plongeant à nouveau dans une France qui a en partie disparu, avec son autorité à l'ancienne, les rôles père/mère et homme/femme plus marqués, et sa paradoxale liberté due à un contexte général différent. Le lecteur, lui aussi, vit sa grande escapade, un voyage dans...

Le discours (Fabrice Caro)

La vie est un porte-serviettes Adrien est sommé par son futur beau-frère de prononcer un discours pendant le repas de mariage de sa soeur. Ça tombe vraiment mal, c'est la dose de stress en trop alors qu'il attend des nouvelles de Sonia, qui s'octroie une pause dans leur couple depuis 38 jours ... Les romans introspectifs sont évidemment ceux que je préfère. Alors quand ils sont drôles, ce n'est que du bonus. Dans Le discours , plus que de l'humour pur, il s'agit surtout d'une sorte d'esprit absurde et décalé qui, chez moi, a fait mouche presque à chaque fois. Il est fondé sur un sens aigu de l'observation des petits travers de la société et de nos interactions avec familles et amis, êtres humains si proches de nous depuis toujours mais de plus en plus difficiles à comprendre avec les années. Mais ce roman n'aurait pas pu totalement me plaire s'il n'avait été que drôle. La causerie intérieure et désespérée d'Adrien au cours d'un re...

La librairie des coeurs brisés (Robert Hillman)

  Tomber sept fois, se relever huit Années soixante, Tom est agriculteur à Hometown, Australie. Il est séparé de sa femme qui, à quelques mois d'intervalle, a emporté loin de lui le fils qu'il a élevé et aimé. Le labeur quotidien à la ferme le garde la tête hors de l'eau et quand Hannah, une irrésistible Juive hongroise un peu extravagante, débarque dans le village avec l'idée saugrenue d'ouvrir une librairie, il n'est pas loin d'être prêt à se laisser mettre le grappin dessus. C'est après un début de lecture perplexe, avec la crainte de parcourir jusqu'au bout une romance facile, que le roman gagne heureusement en profondeur au fur et à mesure que le profil des personnages se dessinent et se complexifient, que leurs passés et leurs fêlures se révèlent. S'invitent alors la monstruosité de la déportation juive en Europe et les dérives sectaires d'une communauté chrétienne locale qui densifient et dramatisent clairement le propos. Mais Robert...

La fortune de Sila (Fabrice Humbert)

  Ainsi va le monde Dans La fortune de Sila , Fabrice Humbert dépeint et, par le fait, dénonce notre monde globalisé et avide d'argent en racontant les tribulations de trois arrivistes de première classe : Lev, Mark et Mathieu. Chacun, à sa manière, va faire son trou dans le pétrole, l'immobilier ou la finance avec son lot de victimes collatérales, dont leurs compagnes qui se révèlent être bien impuissantes face à l'ambition masculine, et le naïf Simon qui m'a fait vivre mes meilleures pages de lecture par son côté attachant. Et puis, il y Sila, victime suprême, le jeune migrant africain qui symbolise à lui tout seul, le peuple d'en bas opprimé par une minorité égoïste qui continuera à mettre le monde à genou tant qu'il y aura du fric à se faire et quelle que soit l'ampleur des crises passées et à venir. Malgré ça, le livre souligne aussi l'idée que la bonne fortune tient à peu de choses et que quand elle est obtenue, c'est de façon bien précaire....