Cornélien
1951 (année de parution du roman), un jeune homme se souvient de son été 1945, juste après la libération, lorsque ses parents lui impose un précepteur pour rattraper des années de guerre peu studieuses. Jeune dandy, charmant et excentrique, son professeur va séduire toute la famille. Ce sera l'équilibre avant la tragédie ...
Ce (trop) court roman est un petit bijou d'écriture par son style fluide, élégant et de facture plutôt classique qui déploie subtilement une expérience troublante et ambigüe pour ce "petit garçon" qui ne comprend pas l'ampleur des enjeux. J'ai adoré les non-dits que nous adultes du 21ème siècle comprenons entre les lignes. Était ce aussi clair pour les lecteurs des années 50 ? En tout cas, même si les mœurs et les temps ont évolué, on continue à juger les gens pour ce qu'ils sont plutôt que ce qu'ils font.
La Tresse vous conseille vivement sa lecture commune.
Christian Bourgeois éditeur - page 113
Vous vous souvenez, petit garçon, me dit-il, de la tragédie de Nicomède que nous avons si souvent lue. Rappelez-vous le triste personnage qu'est Métrobate. C'est un jeune soldat dont on sait bien qu'il n'a rien fait, qu'il n'a rien dit, même, qui pût se retourner contre lui ; mais tout le monde s'est pris tout d'un coup à le hair. Les rois, les reines, les princes, les ambassadeurs, qui ne cessent de se déchirer entre eux, s'entendent tous, brusquement, dès qu'il s'agit de ce pauvre Métrobate. Dès qu'on prononce son nom, « Ah, le traître ! » s'écrie-t-on unanimement. Il n'a jamais trahi, on le sait bien, mais c'en est fait, il est un traître, par définition, et peu importent ses actes, c'est à sa personne désormais qu'on en veut. L'on aura de cesse qu'il n'ait été massacré par la foule.
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