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Articles

America[s] (Ludovic Manchette et Christian Niemec)

  Born to run Philadelphie 1973, Amy a douze ans et trace la route en bus et auto-stop vers l'ouest, autant pour fuir des parents démissionnaires et une meilleure amie disparue trop tôt que pour retrouver sa grande soeur partie tenter sa chance en Californie. "Va là où tu es aimée". Ce conseil glané sur le chemin sera son GPS. Les premières pages de America[s] m'ont séduit par leur sincérité et leur légèreté malgré des circonstances compliquées pour la jeune fille. Au bout d'un moment, assez rapidement, l'histoire a commencé à gentiment m'agacer à force de voir Amy collectionner les rencontres globalement bienveillantes qui la font voyager sans argent, de manière assez peu crédible pour un roman réaliste. Et c'est justement au moment où je me rends compte que le roman assume pleinement sa part de naïveté et d'invraisemblance, que je lâche inconsciemment prise et prends goût à sa lecture. Le style est on ne peut fluide et le divertissement devient c...

Le coeur de l'Angleterre (Jonathan Coe)

Middle England Cela faisait un moment que j'étais curieux de découvrir Jonathan Coe, un auteur britannique qui aime raconter son pays sous l'éclairage de son climat politique et social. Ce roman-ci m'a aimanté car il parle du Brexit, un sujet que je trouve inhabituel en littérature. Comme l'annonce la quatrième de couverture, après l'union nationale au moment des JO de 2012 survient la désunion avec le référendum de 2016 qui provoquera la sortie du Royaume Uni de l'UE en 2020. Le coeur de l'Angleterre, c'est ici la région de Birmingham ou encore, comme le dit l'écrivain lui-même, l'Angleterre profonde, celle qui a peur de la mondialisation, de l'immigration, de l'appauvrissement, du déclassement d'un pays attaché à ses valeurs traditionnelles, en somme un pays comme un autre. Sauf que le pays est une île, que la situation se cristallise, le pays se divise en deux camps et le parti conservateur décide de jouer aux dés en consultant les...

Le joueur d'échecs (Stefan Zweig)

Échec au roi Entre deux tentatives d'amoindrissement de ma pile à lire, j'ai attrapé ce classique de Zweig dans le tout nouveau meuble à livres de l'immeuble. Les livres d'occasion sont des nids à acariens auxquels je suis allergique mais je n'ai pas résisté longtemps car il s'offrait à moi dans un plutôt bon état. Deux heures et une petite rhinite/conjonctivite plus tard, je l'avais terminé, ingurgité en une bouchée. Cette histoire de monomanie des échecs, résultat d'une situation subie sur fond de seconde guerre mondiale est fascinante. Il y a plusieurs types de torture et celle racontée par l'auteur autrichien est implacable et particulièrement raffinée. Il raconte à merveille le processus psychologique que le futur joueur d''échecs met en oeuvre pour échapper à la folie et qui, de fait, en entraine une autre tout aussi traumatisante, même si cette dernière lui sauve la vie. Ajoutons à cela, dans un final assez spectaculaire, le combat des...

Ce que nous confions au vent - Laura Imai Messina

Allo ! En voilà un bien joli roman japonais même si techniquement parlant, il ne l'est pas puisque l'auteure est italienne et l'a écrit en italien. Laura Imai Messina a tout de même fait sa vie au Japon et a parfaitement intégré les codes de la littérature nipponne pleine de sensibilité, telle qu'elle plait à beaucoup d'entre nous. Il existe quelque part en montagne une cabine téléphonique d'où on peut appeler et converser avec ses chers disparus. Cela relève bien sûr de la pure technique thérapeutique car ici on ne baigne pas dans le fantastique. Yui et Takeshi ne se connaissent pas encore mais ils vont, chacun de leur côté, vouloir confier leur peine au vent. Ils se rencontreront. Comme prévu, le résultat est irréprochable de poésie et de délicatesse autour du thème du deuil. Éloge de la patience et du souvenir, il ne peut que toucher tout un chacun. En ce qui me concerne, j’ai beaucoup apprécié le roman en trouvant pourtant dommage que le récit se focalise au...

Sarah Bernhardt (Sophie-Aude Picon)

  Diva L'intérêt de la biographie d'une personnalité historique est de découvrir sa vie et son oeuvre mais aussi d'en apprendre davantage sur son milieu et son époque. C'est d'autant plus vrai avec celle de Sarah Bernhardt qui, à l'instar de la plupart des artistes, fut-elle la première star de l'histoire d'après sa biographe, n'a pas eu de rôle politique qui la rendrait historiquement incontournable. Pourtant, pour l'anecdote, elle s'est apparemment targuée d'avoir eu quelque influence lors de l'affaire Dreyfus ou concernant l'entrée en guerre des États-Unis en 1917. La valeur ajoutée ici est donc principalement artistique, au travers de la peinture de la vie théâtrale et de l'atmosphère créative et mondaine du Second Empire et de la Belle Époque. Sarah Bernhardt y évolue en femme libre et tapageuse qui sait tenir tête à ses contemporains, même les plus illustres, et vivre avec éclat et excentricité sans être snob pour un sou...

Les ailes collées (Sophie de Baere)

Mal amour Le jour de leur mariage, Ana fait la surprise à Paul d'inviter Joseph, un camarade d'enfance qu'il n'a pas revu depuis vingt ans. Flash-back immédiat, retour dans les années 80 et son enfance bancale entre deux parents qui ne savent pas comment communiquer, comment l'aimer, le rassurer et lui insuffler le goût de vivre, trop occupés à ne pas être heureux eux-mêmes. Viendra Joseph qui sera l'indispensable bouffée d'oxygène, une amitié essentielle qui entrainera les brimades des adolescents de son âge contre lesquelles il ne sait pas lutter, les ailes collées par le mal d'amour. Il l'a compris : une norme, ça se crée par inadvertance. Ça n'a pas de réelle nécessité. Et même, ça peut être ce qu'il y a de plus minable. Au fond, c'est juste un nombre. Le plus grand nombre. Ce roman est tout simplement magnifique. Sophie de Baere radiographie l'âme de ses personnages sans aucune faute de justesse et sait convoquer les émotions che...

Le baiser sur la nuque (Hugo Boris)

  Parade nuptiale Dès les premières lignes, on est ému par l'écriture d'Hugo Boris et par ses phrases courtes qui disent des choses simples avec des mots remplis d'intériorité et de sentiments, sans fioritures apparentes. Sa plume est de celles qui me vont droit au coeur et l'histoire commence telle une perfection avec une scène d'accouchement que j'ai trouvée vraiment très belle car il y a dans cette histoire un peu plus qu'une femme qui met au monde son premier enfant. D'ailleurs, les petits récits de naissance à la maternité où Fanny est sage-femme, avec leurs anecdotes touchantes et/ou étranges, sont ceux qui m'ont particulièrement séduit. J'aurais aimé que le roman ne soit fait que de ça, mais il se déroule principalement autour d'un piano où se met en place une parade nuptiale entre Fanny, malentendante, et Louis, son professeur de piano. Au cours d'un gracieux ballet plein de non-dits, ils vont se tourner autour avec délicatesse, d...

Et c’est ainsi que nous vivrons (Douglas Kennedy)

  Guerre froide À la librairie La bicyclette bleue , Douglas Kennedy précisait que son nouveau roman ne sortirait aux États-Unis qu'en 2024. Après les primaires de l'élection présidentielle ? Le sujet de ce roman d'anticipation ou de dystopie, je ne sais pas quel terme convient, est en effet "touchy". Nous sommes en 2045, la sécession des États-Unis a eu lieu une dizaine d'années auparavant. Les états anciennement démocrates forment un pays progressiste dont la liberté est pourtant limitée par une surveillance immodérée, tandis qu'une théocratie inflexible règne sur les "flyover states", ces états au centre du pays acquis aux idées du parti républicain. Vous l'avez compris, Douglas Kennedy nous décrit ce que pourrait devenir son pays, et par extension notre monde, si l'actuelle accentuation de la polarisation des idées prenait un tour ... définitif. Comme à son habitude, Kennedy est le meilleur quand il décrit, dissèque et analyse les res...

L'institut (Stephen King)

  Pour le pire et le ... meilleur ? Rien de tel qu'un pavé de Stephen King pour entamer les lectures de l'été ... Mais autant ne pas y aller par quatre chemins : j'ai trouvé L'institut un peu longuet. Après un début en fanfare, le célèbre auteur prend son temps pour mettre les choses en place et faire avancer les évènements. Bien que dans mes souvenirs King est plutôt coutumier du fait, c'est presque un comble pour ce type de roman qui est supposé mettre en avant l'action et les rebondissements. Pour le coup, on a le temps de s'attacher aux personnages, notamment à Luke et à Tim qui ne se connaissent pas encore mais dont on devine rapidement qu'ils vont devenir alliés face à l'adversité. L'adversaire : une organisation secrète qui enlève des enfant surdoués pour exploiter leurs dons dans un but mystérieux, pour le pire ... et le meilleur ? Après l'ultime point culminant de l'action, les explications arrivent enfin au cours d'un épil...

Et toujours les forêts (Sandrine Collette)

Ravage Je sais bien que ce n'est pas une chose à faire mais à la lecture de Et toujours les forêts , je n'ai pas pu m'empêcher de penser à Ravage pendant une bonne partie du roman, en tout cas ce dont je me souviens du roman de René Barjavel : une histoire de fuite et de survie dans un monde anéanti par la main de l'homme, avec sur les épaules des miraculés le poids accablant du souvenir d'un paradis perdu. L'écriture de Sandrine Collette n'est pas moins lyrique et évocatrice mais dans un style plus rugueux. Les phrases sont courtes, sèches et hachées et le lecteur doit parfois décoder pour saisir pleinement le récit. La nature nourricière et plantureuse a disparu, le monde est à genou, sans lumière, sans couleurs, ni bruits. L'auteure a le talent de nous le faire ressentir. C'est sombre, c'est désespéré, c'est angoissant mais les phrases sont belles. Le roman est magistral. Evidemment, ce qui participe au malaise et à la fascination morbide ...

Le Jardin arc-en-ciel (Ogawa Ito)

Ordinary love Le jardin arc-en-ciel a la mérite d'aborder frontalement le thème de la famille homosexuelle et recomposée, des thèmes assez tabous au pays du soleil levant. Avec son sens habituel de la tolérance et de la bienveillance, Ito Ogawa a la bonne idée d'utiliser successivement la voix des quatre membres de la famille Takashima pour nous raconter leur attachante histoire familiale loin des vicissitudes du monde. La narration passe d'Izumi à sa compagne Chiyoko puis à chacun de leurs deux enfants en étirant le récit sur environ une vingtaine d'années. Des années de passion et d'espoir à celles de la douleur et du souvenir, en passant bien sûr par celles du bonheur, les plus nombreuses et les plus importantes dans l'esprit d'Ito Ogawa qui, dans tous ses romans, est en  recherche  perpétuelle  d'harmonie avec soi et avec les autres. À dire vrai, d'une lecture pourtant agréable, ce roman n'est pas mon préféré de l'auteure. Je crois que j...

Tant que le café est encore chaud (Toshikazu Kawaguchi)

Parce que c'est la règle Le Funiculi Funicula n’est pas un café comme les autres. Situé à l’abri des regards, en sous-sol d'un immeuble de Tokyo, il est peu fréquenté et cache un secret réputé n'être qu'une légende urbaine. Pourtant c'est vrai : on peut y voyager dans le passé. Mais juste le temps d’un café ... Dit comme ça, l'histoire peut paraître naïve et bancale. Et de fait, elle l'est un peu, l'écriture un peu maladroite ne l'aidant pas particulièrement en cela. Cependant en littérature, la magie n’a pas besoin de se justifier et encore moins d'être crédible. Le roman n'a nulle autre ambition que d'utiliser la veine fantastique pour charmer le lecteur avec les jolies histoires d'amour, d'amitié ou encore de famille de quatre femmes prêtent à jouer le jeu pour retrouver un être cher. L’émotion de « Tant que le café est encore chaud » m’a d'ailleurs saisi plutôt sur le tard. Il a fallu passer au moins la moitié du roman pou...

Mon mari (Maud Ventura)

Mon Dieu Je souscris à l’avis globalement enthousiaste qu’a eu Bookstagram autour du premier roman de Maud Ventura. Le point de vue inhabituel d’une femme en totale insécurité affective vis-à-vis de son mari est savoureux à lire. Elle vit uniquement à travers lui, tout le reste, y compris ses enfants, passent en seconde position. Sa vie n’est qu’un effort continu pour manoeuvrer afin d’attirer son attention, lui plaire, se faire désirer, en gros réunir les conditions idéales pour qu’il ne se lasse pas d’elle. Entre comédie subtile et une forme de thriller psychologique, le ton est léger mais le fond l’est un peu moins. L’auto-portrait cynique et sans filtre de la narratrice, ses raisonnements et sa vision du couple sont amusants, surprenants, parfois absurdes et souvent effrayants. Le coup assez signifiant de la clémentine m’a beaucoup plu 🤣. La plupart du temps, tout en jubilant, je me sentais pourtant désolé, voire gêné, pour elle. Pourquoi s’infliger un tel stress quotidien alors ...

L'avare (Molière)

Au voleur ! Molière voulait faire rire ses contemporains avec des pièces rythmées qui tournaient en dérision certains d’entre eux, en l’occurrence dans « L’avare » de riches bourgeois égoïstes et cyniques. Harpagon est tellement pingre qu’il en est ridicule, il préfère son argent à ses enfants. Son nom deviendra un substantif de la langue française. En refermant le livre de poche de la pièce, j’ai eu trois pensées : - L’histoire est familière - La lecture est rapide - La pièce est distrayante et la prose élégante : vivement que je la vois en vrai ! Pour la première impression, le film avec Jean de Funès et ses multi diffusions à la TV sont passés par là. Et pour la seconde, il ne faut apparemment pas tant de lignes que ça pour tenir deux heures au théâtre. Je dirais que ça se lit un peu trop vite quand on n’a pas le visuel à sa disposition, avec les acteurs, la mise en scène, le décor, etc... C’est là que la troisième impression entre en scène puisque ce sera chose rattrapée le mois...

Quelque chose du Japon - Angelo Di Genova

  La partie émergée de l'archipel Quelque chose du Japon,  publié par les éditions Nanika, est un excellent ouvrage  que j'ai acheté à la boutique du musée du Quai Branly pour l'exposition Kimono . L'auteur qui habite Osaka depuis longtemps nous raconte dans un format type guide de voyage, au travers d'assez courts paragraphes illustrés, à la fois sérieux et ludiques, ce qu'il est bien de connaitre lorsqu'on s'apprête à visiter, ou tout simplement par pure curiosité intellectuelle, ce pays d'Asie pas tout à fait comme les autres. Car "Si beaucoup disent aimer le Japon, la plupart ne savent pas que ce qu’ils aiment, c’est surtout l’image qu’ils s’en font. Car derrière ces clichés se cache un Japon du quotidien qui, certes, colle parfois à ces images mais s’en détache aussi souvent." Histoire, religion, cuisine, culture pop, vie quotidienne au rythme des saisons mais aussi simples codes, tuyaux et vocabulaire ... Que de sujets intéressants po...

Se résoudre aux adieux (Philippe Besson)

Catharsis La Havane, New York et Venise ... trois lieux, trois ambiances. Louise voyage et écrit à Clément des lettres auxquelles il ne répondra pas. C'est le remède qu'elle espère cathartique pour faire le deuil d'une histoire d'amour terminée qui lui tord les boyaux. Je ne sais pas pourquoi, ce roman-là de Philippe Besson, je me le gardais sous le coude. Avec un tel sujet et un tel titre, j'avais l'intuition, proche de la certitude, que ce roman aurait sur moi un effet approchant celui qu'a eu En l'absence des hommes il y a quelques années. Sans atteindre les sommets du roman précité, rien dans Se résoudre aux adieux ne me déçoit. Philippe Besson confectionne un bijou pur de sensibilité et d'humanité, dont la finesse m'a semblé décuplée par le dépouillement du récit. Pas d'histoire compliquée, juste les pensées d'une femme malheureuse qui lèche ses plaies béantes pour survivre au manque. La dernière partie est ma préférée. La douleur ...