Bouche-trou (de l'histoire de l'art)
L’inconnue du portrait dispose de l'accroche parfaite. Si on apprécie un minimum la peinture, un coup d'oeil à la quatrième de couverture et ça y est, on est attrapé."Le portrait d'une dame", un tableau peint puis repeint à nouveau par Gustav Klimt dans les années 1910 est volé à la fin du siècle avant de réapparaître en 2019 à la porte d’un musée. Et tout cela dans un mystère le plus complet. Camille de Peretti trouve là le prétexte idéal pour écrire un très beau roman en bouchant fictionnellement les trous de l'histoire de l'art.
"Le syndrome de Stendhal, c’est le trouble physique et psychologique que peut provoquer une œuvre d’art." Quelques personnages du roman en seront victimes.
Avec fluidité, sentiment et ce qu’il faut de poésie, l'auteure bâtit un livre à la fois roman historique, fresque familiale et enquête policière entre New-York et le vieux continent. Le romanesque y est à son comble.
Le Livre de Poche
Martha versa le chocolat, brun, épais, brûlant. Puis elle montra comment il fallait prendre un peu de crème fouettée avec la cuillère en argent et la tremper dans le chocolat.Isidore porta ce délice à ses lèvres, ses yeux brillaient de plaisir. La chaleur l'emporta sur les premières sensations, le goût métallique de la cuillère lui sembla irréel, puis vint l'onctuosité de la crème qui fondait son palais, et la douceur se mêlant à l'amertume. S'il avait osé, il aurait ri de gourmandise mais l'instant était solennel, et il avait peur d'en renverser et de faire une tache sur son ruban bleu. L'air au-dessus de sa tasse lui sembla plus léger. La cuillère récolta à nouveau un petit nuage alvéolé plus délicat qu'une plume avant de plonger dans le lac brillant et sombre qui l'attendait. C'était une boue merveilleuse et sucrée qui lui coulait dans la gorge et une impression générale de temps suspendu se grava en lui, le tintement des verres et des tasses alentour, le bruissement indistinct des clients attablés et le regard empli de douceur de sa mère qui contrastait tant avec celui des jours ordinaires où elle lui apparaissait comme une femme fatiguée. Martha observait son fils de toute son âme, elle voulait inscrire cet instant de délectation pure dans l'immense édifice de ses souvenirs, comme on l'aurait fait d'un baiser, un baiser de chocolat et une envie de se lécher les doigts.

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