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Articles

Numéro deux (David Foenkinos)

  Biographie non autorisée Tourner les pages d'un roman de David Foenkinos, c'est l'assurance de passer un doux moment de lecture au charme simple et aux formules justes qui font mouche. C'est le cinquième roman de l'auteur que je découvre et il déniche souvent une histoire originale avec un angle bien à lui qui sera l'occasion d'une petite leçon de vie. Dans Numéro deux , il s'attaque en quelque sorte à la biographie non autorisée, et largement inventée, d'un jeune anglais qui dans la "vraie vie" s'est retrouvé coiffé au poteau par Daniel Radcliffe au moment du casting de Harry Potter avec le succès au cinéma que l'on connait. On dit qu'il n'y a rien de plus difficile que de perdre en finale et en effet le jeune Martin, notre numéro deux, va vivre cette douloureuse désillusion comme un énorme caillou dans la chaussure très difficile à retirer. Heureusement avec David Foenkinos, la lecture reste légère et les épreuves n'...

Le jour du chien (Caroline Lamarche)

  Nom d'un chien Un chien affolé court le long d'une autoroute. Interloquées et impuissantes, six personnes dans leur véhicule y verront une métaphore de leur vie et de ses impasses comme un révélateur des souvenirs et des manques. Caroline Lamarche concocte ici six courts portraits au sein de ce qui s'apparente davantage à un recueil de nouvelles qu'à un roman tant la présence du chien en commun est à la fois centrale mais aussi trop fine pour construire à mes yeux six chapitres cohérents qui ne font qu'une seule et même histoire. Avec le ton adapté à chacun, l'écriture de l'auteure reproduit brillamment le monologue intérieur des protagonistes avec beaucoup de talent et de personnalité, en passant par exemple de la simplicité du camionneur mythomane à l'érudition du prêtre esseulé. Pourtant, à la première lecture, j'avoue avoir un peu beaucoup peiné à entrer dans chacun de leur monde, à m'intéresser à leur cas et donc à ressentir de l'empat...

Une longue impatience (Gaëlle Josse)

  Ce sera une fête Ce roman est une petite merveille dont je ne soupçonnais pas la beauté. Les mots simples et sensibles de Gaëlle Josse, leur délicatesse, la poésie discrète des descriptions, des portraits et surtout des émotions racontent l'incommensurable drame, en rien exceptionnel mais terriblement unique et intime. Celui de cette femme qui voit son fils s'enfuir loin du beau-père, prendre la mer, voir le monde, disparaître. Pour sa mère, aucune perspective de retour, encore moins de bonheur, juste attendre, faire le chemin chaque jour vers les falaises pour guetter les bateaux qui rentrent au port, écrire des lettres qu'il ne recevra jamais, fantasmer son retour, faire son possible pour ses autres enfants, ceux qui restent et garder la douleur pour soi alors qu'elle se voit comme le nez au milieu du visage. C'est triste et assez cruel. En lisant ce récit, je prenais fait et cause pour elle. Je ressentais le froid polaire dans son cœur de mère, irrité du silenc...

La chambre de Giovanni (James Baldwin)

  Victimes expiatoires Dans le Paris de l'après-guerre, David est un jeune Américain tiraillé entre une relation conformiste avec Hella, une compatriote, et son attirance difficile à assumer pour Giovanni, un serveur Italien. David partagera pendant quelques mois la chambre de Giovanni, le temps d'un voyage de sa quasi fiancée à l'étranger. Ce classique de la littérature américaine, écrit au milieu des années 50, est une bonne immersion dans la communauté homosexuelle de l'époque, tolérée si cantonnée dans son ghetto. Cette marginalisation fabrique notamment des tristes sires comme Jacques et Guillaume, personnages mesquins et profondément malheureux qui profitent de leur niveau de vie pour entretenir des relations déréglées avec des garçons à la dérive. David, lui aussi, fréquente ce Paris-là.  Il est authentiquement tenaillé par son désir pour Giovanni, pauvre bougre plein de sincérité aux faux airs de gigolo que la vie malmène et qui en fera les frais. Hella et lui s...

Japon, la face cachée de la perfection (Karyn Nishimura-Poupée)

    日本  Les Occidentaux et, d'après l'auteure, les Français en particulier sont assez fascinés par ce pays lointain sur le bord oriental du monde. On peut dire que c'est mon cas mais nullement à cause des mangas, bien que Goldorak, Albator, Lady Oscar et Candy soient passés par là, mais parce que j'ai la chance d'avoir des amis sur place et d'y avoir fait deux séjours. Jamais deux sans trois (doigts croisés). En plus de l'ordre, de la politesse et du sens du service qui les impressionnent, les voyageurs apprécient cette forme de paradoxe que présente le Japon entre grande modernité et non moins grande fidélité aux traditions ancestrales. Cet essai, par la journaliste Karyn Nishimura-Poupée, propose de nous démontrer que derrière cet éclat, et bien sûr le touriste n'est pas dupe, tout n'est pas rose au pays du Soleil Levant.  Politique, justice, éducation, relations sociales, progrès technologiques, monde de l'entreprise, démographie, rapports ave...

Prochain arrêt (Alex Schulman)

  Train de vie Il est finalement assez inhabituel pour moi de choisir seul un livre sur un étal de librairie sans les avis d’Instagram ou de mon entourage. Pour  Prochain arrêt d'Alex Schulman, aucune réputation n'était arrivée jusqu'à moi, ce sont les première et quatrième de couverture ainsi que la nationalité suédoise de l'auteur qui ont fait pencher la balance. Ici point de thriller à la suédoise, j'ai le sentiment que le roman aurait tout aussi bien pu être de la littérature blanche française. Trois voyages dans le même train vers la même petite ville à trois époques différentes entre les années 70 et maintenant. Et une construction recherchée qui alterne les points de vue en donnant de l'épaisseur à la narration avec le défaut mineur de brouiller un peu le tableau d'ensemble. À moins que ce manque de fluidité et de clareté, qui n'a pourtant pas gâché ma lecture, soit là à dessein pour illustrer la lutte des personnages contre le manque, la solitud...

Passer l'hiver (Olivier Adam)

  Hors saison Ce recueil de neuf histoires courtes, hautement cafardeuses il faut bien le dire, sont autant de portraits de personnages déprimés, inadaptés, anesthésiés et tous enfoncés dans leur quotidien routinier, les angoisses, la solitude, les blessures invisibles, l'absence de perspectives et j'en passe ... Ambiance. Olivier Adam est aussi doué pour les nouvelles que pour les romans. À chaque fois, il parvient à poser un personnage et un contexte en un minimum de lignes. Bâties dans la concision, ses histoires on ne peut plus humaines mettent en lumière son talent évocateur et impressionniste. Le lecteur a le temps de comprendre de quoi il retourne et d’être saisi par l’émotion même si, il faut bien l'avouer, c'est un peu frustrant de quitter trop tôt des personnes dont le destin est juste esquissé. Autre réflexion sur ce recueil : les neuf nouvelles m'ont donné l'impression de se ressembler et donc à toutes se valoir. Aucune n'est sortie du lot et pou...

La mer est un mur (Marin Postel)

  Île-prison Ambiance maritime, drame familial, mélancolie brumeuse, esprits tourmentés ... Il n'aura fallu que ces quelques informations dans les quelques avis positifs glanés ici ou là pour me persuader que cette fiction était faite pour moi. Je ne me suis pas trompé. Il sera à coup sûr l'un de mes grands coups de cœur de l'année.   Chaque année, le narrateur Joseph et sa famille passent l'été dans une petite île de la Manche où ils possèdent une maison de vacances face à la mer. D'office, ce privilège les positionne en rivaux des habitants à l'année, modestes pêcheurs mal logés. Été après été, Joseph va voir croître la fascination d'Antoine, son frère aîné, pour ces insulaires aux mœurs frugales et farouches. Antoine fera tout pour se rapprocher de Baptiste, un garçon de leur clan, au risque de creuser petit à petit un fossé infranchissable entre lui et sa famille. On comprend que le jeune homme va se perdre, que liberté et indépendance gagnées de haute l...

Le ministère du futur (Kim Stanley Robinson)

  Déjà demain Le ministère du futur de Kim Stanley Robinson n’est pas une lecture facile. Rien à voir avec le style et ou le fait que ce soit un pavé de presque 700 pages dans sa version poche, mais parce que le sujet est éminemment sérieux, technique et alarmant. Premier chapitre : aux alentours de 2040, à travers les yeux d’un humanitaire américain , on assiste à une canicule exceptionnelle qui frappe l'Inde et fait 20 millions de victimes. L’histoire est posée. Le ministère du futur, créé par les accords de Paris, décide malgré ses minuscules moyens de prendre le taureau par les cornes pour sauver la faune, la flore et bien sûr l'Humanité. Sous la forme d'un roman à mille voix, ce scénario d'anticipation, qui n’en a pas l’air tant il est prémonitoire de notre futur proche, va présenter les solutions qui restent aux Hommes pour redresser la barre à temps. La lecture est parfois fastidieuse car le roman ressemble souvent à un catalogue de toutes les solutions technolo...

Taormine (Yves Ravier)

  Un coup dans l’aile Luisa et Melvil, touristes français, décident de rayonner en Sicile à partir de la belle ville de Taormine où ils ont loué une chambre d'hôtel. Mais, à peine ont-ils mis les pieds dans l'île que de mauvaises décisions les amènent dans une direction quelque peu inattendue. Yves Ravey, que je découvre ici, m'a surpris avec ce roman assez bref des Éditions de Minuit. Le style d'écriture, sans me déplaire, m'a un peu déconcerté. Assez descriptif, avec un narrateur qui reste étrangement à distance, il donne au roman un faux air de journal de bord, mon impression se confirmant avec sa conclusion un peu expéditive qui ressemble à une interruption comme si le narrateur, rattrapé par la patrouille, n'avait pas eu le loisir de conclure. Le roman débute plutôt posément avec le récit d'un couple en vacances et surtout en plein doute qui aimerait se détendre malgré ses problèmes à régler. Anxiété et tracas vont monter crescendo pour tout à coup s...

Mémoires de la forêt, tome 1 - Les souvenirs de Ferdinand Taupe (Mickaël Brun-Arnaud)

  Taupe-là ! Quand le roman prévu pour mon filleul de 11 ans finit sur ma table de nuit. Quelques pages de lecture "pour voir si c'est bien" et me voilà ferré à ce roman pour les enfants et ... les adultes qui ont gardé leur âme d’enfant. Qui n'a pas gardé la nostalgie des histoires d'animaux qui parlent, s'habillent comme nous, vivent dans les troncs d'arbre et partent trotter en quête d'une bonne action ? Archibald Renard tient la librairie du village de Bellécorce. Comme son père et son grand-père avant lui, il adore conseiller aux animaux de la forêt les livres en exemplaire unique qu'on lui apporte. Mais c’est tout de même un peu beaucoup la routine, alors quand son très vieil ami Ferdinand Taupe sollicite son aide pour tenter de retrouver ses souvenirs, il n’hésite pas une seconde. Pomme alors, il a bien besoin d’une aventure !  J'ai carrément craqué pour cette belle histoire pleine de chaleur, empathie, poésie et mignonnerie. Certes, c...

Voyage avec un âne dans les Cévennes (Robert Louis Stevenson)

Robert Louis dans les Cévennes Un couple d'amis s'apprête à "faire le Stevenson", c'est à dire entreprendre la randonnée à étapes dans les Cévennes sur une douzaine de jours sur les pas de Robert Louis Stevenson, l'auteur écossais qui en a tiré après coup un récit à partir de son carnet de voyage. Le poche un peu poussiéreux trainait depuis longtemps dans un coin de ma bibliothèque, ça a été l'occasion de le ressortir. En 1878, en compagnie de l'ânesse Modestine avec qui il aura une courte et mouvementée relation, il partira de Monastier-sur-Gazeille (Haute-Loire), où il résidait depuis son arrivée dans la région après une grosse déception amoureuse, et arrivera douze jours plus tard à Saint-Jean-du-Gard (Gard). Même s'il l'exprime peu dans son livre, il est fort à parier que cela lui aura permis de réfléchir à son avenir. Dans son récit, il décrit assez largement les paysages traversés, la riche histoire de la région (Le loup de Gévaudan, la r...

Le rêve (Émile Zola)

  Jusqu'au bout de son rêve Je souscris à l’affirmation généralement admise que  Le rêve  d’Émile Zola n'est pas, dans la série des Rougon-Macquart, un tome comme les autres. Ce qui me frappe est sa relative brièveté par rapport aux dix-neuf autres romans et sa forme un peu éthérée, de l’ordre du conte. C'est particulièrement flagrant après La Terre , roman ambitieux et autrement plus concret. Ici, comme son nom l'indique, on est dans le rêve, le mysticisme, la naïveté et le romantisme d'une jeune fille, Angélique Rougon, abandonnée puis recueillie par une famille de brodeurs, une profession qu'on a plaisir à découvrir. Elle va grandir à l'ombre d’une cathédrale, influencée par les représentations de saintes martyres sur l'édifice et dans ses lectures. Son âme tourmentée et déréglée, dans la ligne héréditaire de la dynastie zolienne, vivra intensément le rêve qui est en elle et qui se matérialisera en la personne de Félicien, un jeune et beau peintre ver...

La femme de ménage (Freida McFadden)

  Pas bonne à tout faire Rien à redire sur le roman phénomène de Freida McFadden. Il fait largement son job. Je l'ai pourtant abordé avec un brin de condescendance et les tout premiers chapitres, je l'avoue, m'ont un peu conforté dans le préjugé d'un scénario classique et d'une narration basique. J'ai eu assez vite l'intuition du twist de milieu de roman mais bien sûr pas de son ampleur et encore moins en devinant la façon avec laquelle notre femme de ménage et ancienne taularde arriverait à se dépatouiller de la situation délicate dans laquelle elle se trouve. En cela c'est très réussi, l'auteure sachant comment s'y prendre pour frapper les esprits sans en faire des tonnes.  Et, comme annoncé, le phénomène "page turner" bat son plein. Il n'y a aucun doute là-dessus, on ne peut que se laisser embarquer par cette lecture addictive et diablement efficace. Une fois la lecture terminée, on se dit qu'on lirait volontiers la suite. Ça...

Libres dans leur tête (Stéphanie Castillo-Soler)

  Trois tours et puis s'en vont Laurent et Romain n'auraient jamais dû se rencontrer. Le premier a grandi dans une famille aisée et cultivée tandis que le second, sans grand bagage scolaire, est passé d'une famille d’accueil à une autre. Ils n'ont pas grand chose en commun à part peut-être d'avoir eu chacun une mère « démissionnaire » et surtout la vie qui leur a fait faire les mauvais choix. Ils partagent maintenant la même cellule de prison. Cette situation, aussi difficile soit-elle, signifie-t-elle forcément abattement et découragement ou peut-elle être l’occasion de réfléchir et d’en tirer le meilleur parti pour rebondir et tenter de trouver le bonheur ? C'est une question de chance et de rencontres mais aussi de volonté. Rien n'est jamais gagné d’avance. Ce premier roman est consacré de façon documentée au milieu carcéral. Les expériences et le quotidien des deux prisonniers, plutôt attachants, sont non seulement crédibles mais ils sonnent également ju...

Le temps d'après - Jean Hegland

  Garçon des bois Quel vrai petit bonheur d'apprendre que Dans la forêt de Jean Hegland aurait une suite ... Retrouver Nell et Eva. Et découvrir leur fils Burl né dans la forêt alors que le monde entier s'écroule tout autour. Les deux soeurs ont compris qu'il fallait brûler la maison familiale et apprendre à vivre parmi les exhalants et les inhalants de la nature. Tous les inhalants sauf les humains qui ont mis la planète à genoux et qu'il faut à tout prix fuir car ceux qui ont survécu représentent une menace. Il y a quelques années, certains se sont approchés dangereusement de leur "capane". Burl, le narrateur au langage évoluant, voit bien que ses mères sont "terreurisés" à l'idée qu'ils reviennent. En plus de la description du paradis terrestre qu'est la forêt pour Burl malgré l'humidité et la sécheresse de plus en plus présentes, c'est le regard que le jeune garçon a sur l'humanité, un point de vue quasi-inédit, qui m...