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Articles

Mémoires de la forêt, tome 1 - Les souvenirs de Ferdinand Taupe (Mickaël Brun-Arnaud)

  Taupe-là ! Quand le roman prévu pour mon filleul de 11 ans finit sur ma table de nuit. Quelques pages de lecture "pour voir si c'est bien" et me voilà ferré à ce roman pour les enfants et ... les adultes qui ont gardé leur âme d’enfant. Qui n'a pas gardé la nostalgie des histoires d'animaux qui parlent, s'habillent comme nous, vivent dans les troncs d'arbre et partent trotter en quête d'une bonne action ? Archibald Renard tient la librairie du village de Bellécorce. Comme son père et son grand-père avant lui, il adore conseiller aux animaux de la forêt les livres en exemplaire unique qu'on lui apporte. Mais c’est tout de même un peu beaucoup la routine, alors quand son très vieil ami Ferdinand Taupe sollicite son aide pour tenter de retrouver ses souvenirs, il n’hésite pas une seconde. Pomme alors, il a bien besoin d’une aventure !  J'ai carrément craqué pour cette belle histoire pleine de chaleur, empathie, poésie et mignonnerie. Certes, c...

Voyage avec un âne dans les Cévennes (Robert Louis Stevenson)

Robert Louis dans les Cévennes Un couple d'amis s'apprête à "faire le Stevenson", c'est à dire entreprendre la randonnée à étapes dans les Cévennes sur une douzaine de jours sur les pas de Robert Louis Stevenson, l'auteur écossais qui en a tiré après coup un récit à partir de son carnet de voyage. Le poche un peu poussiéreux trainait depuis longtemps dans un coin de ma bibliothèque, ça a été l'occasion de le ressortir. En 1878, en compagnie de l'ânesse Modestine avec qui il aura une courte et mouvementée relation, il partira de Monastier-sur-Gazeille (Haute-Loire), où il résidait depuis son arrivée dans la région après une grosse déception amoureuse, et arrivera douze jours plus tard à Saint-Jean-du-Gard (Gard). Même s'il l'exprime peu dans son livre, il est fort à parier que cela lui aura permis de réfléchir à son avenir. Dans son récit, il décrit assez largement les paysages traversés, la riche histoire de la région (Le loup de Gévaudan, la r...

Le rêve (Émile Zola)

  Jusqu'au bout de son rêve Je souscris à l’affirmation généralement admise que  Le rêve  d’Émile Zola n'est pas, dans la série des Rougon-Macquart, un tome comme les autres. Ce qui me frappe est sa relative brièveté par rapport aux dix-neuf autres romans et sa forme un peu éthérée, de l’ordre du conte. C'est particulièrement flagrant après La Terre , roman ambitieux et autrement plus concret. Ici, comme son nom l'indique, on est dans le rêve, le mysticisme, la naïveté et le romantisme d'une jeune fille, Angélique Rougon, abandonnée puis recueillie par une famille de brodeurs, une profession qu'on a plaisir à découvrir. Elle va grandir à l'ombre d’une cathédrale, influencée par les représentations de saintes martyres sur l'édifice et dans ses lectures. Son âme tourmentée et déréglée, dans la ligne héréditaire de la dynastie zolienne, vivra intensément le rêve qui est en elle et qui se matérialisera en la personne de Félicien, un jeune et beau peintre ver...

La femme de ménage (Freida McFadden)

  Pas bonne à tout faire Rien à redire sur le roman phénomène de Freida McFadden. Il fait largement son job. Je l'ai pourtant abordé avec un brin de condescendance et les tout premiers chapitres, je l'avoue, m'ont un peu conforté dans le préjugé d'un scénario classique et d'une narration basique. J'ai eu assez vite l'intuition du twist de milieu de roman mais bien sûr pas de son ampleur et encore moins en devinant la façon avec laquelle notre femme de ménage et ancienne taularde arriverait à se dépatouiller de la situation délicate dans laquelle elle se trouve. En cela c'est très réussi, l'auteure sachant comment s'y prendre pour frapper les esprits sans en faire des tonnes.  Et, comme annoncé, le phénomène "page turner" bat son plein. Il n'y a aucun doute là-dessus, on ne peut que se laisser embarquer par cette lecture addictive et diablement efficace. Une fois la lecture terminée, on se dit qu'on lirait volontiers la suite. Ça...

Libres dans leur tête (Stéphanie Castillo-Soler)

  Trois tours et puis s'en vont Laurent et Romain n'auraient jamais dû se rencontrer. Le premier a grandi dans une famille aisée et cultivée tandis que le second, sans grand bagage scolaire, est passé d'une famille d’accueil à une autre. Ils n'ont pas grand chose en commun à part peut-être d'avoir eu chacun une mère « démissionnaire » et surtout la vie qui leur a fait faire les mauvais choix. Ils partagent maintenant la même cellule de prison. Cette situation, aussi difficile soit-elle, signifie-t-elle forcément abattement et découragement ou peut-elle être l’occasion de réfléchir et d’en tirer le meilleur parti pour rebondir et tenter de trouver le bonheur ? C'est une question de chance et de rencontres mais aussi de volonté. Rien n'est jamais gagné d’avance. Ce premier roman est consacré de façon documentée au milieu carcéral. Les expériences et le quotidien des deux prisonniers, plutôt attachants, sont non seulement crédibles mais ils sonnent également ju...

Le temps d'après - Jean Hegland

  Garçon des bois Quel vrai petit bonheur d'apprendre que Dans la forêt de Jean Hegland aurait une suite ... Retrouver Nell et Eva. Et découvrir leur fils Burl né dans la forêt alors que le monde entier s'écroule tout autour. Les deux soeurs ont compris qu'il fallait brûler la maison familiale et apprendre à vivre parmi les exhalants et les inhalants de la nature. Tous les inhalants sauf les humains qui ont mis la planète à genoux et qu'il faut à tout prix fuir car ceux qui ont survécu représentent une menace. Il y a quelques années, certains se sont approchés dangereusement de leur "capane". Burl, le narrateur au langage évoluant, voit bien que ses mères sont "terreurisés" à l'idée qu'ils reviennent. En plus de la description du paradis terrestre qu'est la forêt pour Burl malgré l'humidité et la sécheresse de plus en plus présentes, c'est le regard que le jeune garçon a sur l'humanité, un point de vue quasi-inédit, qui m...

Café sans filtre (Jean-Philippe Blondel)

  Chez Jo Au café Tom's, il n'y a pas foule. On sort tout juste du confinement et on hésite à s'enfermer à l'intérieur. Quelques personnes y travaillent, les clients défilent ou squattent. Jean-Philippe Blondel donne la parole à chacun d'eux en les adoptant tout à tour comme narrateurs de leur histoire personnelle, le temps d'un ou de plusieurs chapitres. Un roman choral donc même si certains personnages prennent la lumière plus que d'autres, ces derniers ne faisant que passer. Paradoxalement, ce sont ceux de passage qui m'ont le plus séduit : la mère et son fils, l'écrivain et son ami d'enfance… À chaque fois, deux points de vue intéressants sur la même situation. Dommage ça s’arrête là. L'intrigue principale entre l'ancienne et le nouveau propriétaire, le serveur et la jeune cliente installée au fond du café, ne m'a pas excessivement touché. Presque étonnamment, je dirais, car habituellement le récit de destins ordinaires est un pro...

Tsunami (Marc Dugain)

Elysée blues Je n'avais pas forcément envie de relire tout de suite du Marc Dugain après l'exigeant Ils vont tuer Robert Kennedy  pourtant beaucoup apprécié, mais j'ai attrapé  Tsunami  sur un coup de tête après la lecture de la quatrième de couverture. N'est-il pas irrésistible d’avoir l’occasion d’entrer dans la tête d'un président de la république française le temps d'un court roman ? Il ne s'agit pas ici d'un thriller politique mais plutôt d’une sorte de panorama en fiction de la vie élyséenne. Aucune péripétie de la vie professionnelle et personnelle d'un président en exercice n'est véritablement approfondie mais elles sont nombreuses et, je pense, pas si exagérées que ça quand on sait à quel point la réalité peut dépasser le fiction. L'occasion pour l'auteur, qui a le sens de l'analyse, d'exprimer toutes sortes de considérations sociologiques et politiques, avec souvent force cynisme, voire second degré. Et l'occasion po...

Le barman du Ritz (Philippe Collin)

  Mixologie Frank Meier a existé. Juif autrichien, Français de cœur, il a été barman du Ritz de 1921 à 1947 et a traversé les années de guerre derrière son bar à fréquenter les officiers allemands et le gratin parisien plus ou moins germano-compatible, tous ignorants de ses origines. Philippe Collin que j’aime écouter sur mon application Radio France a écrit un brillant roman sur sa vie, forcément romancé dans les détails mais, je crois, le plus proche possible de la réalité. Quel plaisir de traverser en lecture ces quatre années d'occupation à partir d’un angle inhabituel. L’Histoire par la petite lorgnette, c’est ce que je préfère.  Pourtant le Ritz n'est pas un endroit comme les autres à Paris mais bien un lieu à part qui semble avoir été le centre névralgique d'intrigues mondaines et politiques. J'ai aimé suivre mois après mois l'évolution de la situation à Paris, ainsi que le quotidien et l'état d'esprit du barman du Ritz, dans un premier temps favorabl...

Ce que je sais de toi (Éric Chacour)

  Ce qu'ils savent de lui Éric Chacour nous propose un premier roman maîtrisé dont j'avais entendu énormément de bien. Je comprends maintenant l'avis assez généralisé sur la qualité de ce roman à la grande délicatesse dont on sent qu'il a été écrit par un homme à cheval entre deux cultures. L'utilisation pour la narration de la deuxième personne du singulier m'a perturbé à la lecture des premières pages. J'ai même cru que c'était un choix purement littéraire avant de comprendre qu'il avait toute son importance dans l'histoire. "Tu" est Tarek, médecin levantin, chrétien d'Egypte, qui par facilité va se borner à reprendre le cabinet de son père. Il n'a aucune raison de remettre en cause l'ordre établi, perpétué par sa mère, sa soeur, son épouse et la grande majorité de la société égyptienne. Jusqu'à ce que le jeune Ali entre dans sa vie pour l'assister dans un dispensaire pour déshérités du Caire ... Ce que je sais de ...

Des ruptures (Victoria Bonus)

  I'm a survivor En apparence, Eléonor est une femme accomplie qui assure. Elle est brillante dans son métier de consultante qu'elle a obtenu à la force du poignet, elle soutient son mari dans ses projets et elle élève deux fils qui sont la prunelle de ses yeux. Mais comme beaucoup d'autres femmes à la charge mentale trop importante, elle fait bonne figure. Elle préserve à ses dépens un mariage toxique et son adolescent en difficulté. Jusqu'à la rupture. Jusqu'aux ruptures. Je crois que dans tout roman, il y a certaines vérités, des racines du réel, et que dans les autobiographies, il y a beaucoup de mensonges Valérie Perrin, dans Trois De toutes les nombreuses citations du roman - et je les toutes aimées car elles sont accessibles et parlantes - c'est celle qui résume le mieux mon sentiment sur ce roman qui a des airs d'autobiographie. Le ton de la narration n'y est pas pour rien, on a l'impression d'être dans un témoignage davantage que dans un...

Nous rêvions juste de liberté (Henri Loevenbruck)

  Quelle virée ! Jusqu'à ce que mon entourage me conseille cet auteur, je n'avais aucunement conscience de la littérature de Henri Loevenbruck. Dès les premières pages, grâce à l'écriture très orale de l'écrivain, le lecteur est happé par le point de vue et la rare sincérité de Hugo, alias Bohem, un gamin idéaliste en manque de repères qui va trouver son salut au sein d'une bande de garçons sur laquelle règne Freddy auquel il vouera une fidélité sans faille. Cette rencontre déterminante est le point de départ d'une aventure intemporelle et époustouflante qu'il va vivre sur sa moto bricolée à rouler, rouler et encore rouler dans un pays inconnu qui ressemble diablement aux Etats-Unis. Ses amis et lui tenteront de se faire une place dans le monde des bikers, une communauté aux méthodes rudes qui placent les valeurs d'amitié, de loyauté, de respect et d'honneur au-dessus de tout. On verra jusqu'à quel point ... Le roman possède une grande force huma...

Anéantir (Michel Houellebecq)

  Roman existentiel Nous sommes en 2027 (le roman est paru en 2022) et Paul travaille aux côtés du ministre de l’économie qui lui-même est le bras droit d’un président que l’on reconnait sans peine. Les présidentielles approchent à grands pas et l’exécutif doit faire face à d’étranges actes terroristes. Paul a beau être dans le secret des dieux, en ce moment c’est surtout sa vie privée qui le préoccupe. À la lecture de la quatrième de couverture, on pouvait s’attendre à une dystopie à la façon Houellebecq avec, à n’en pas douter, son je ne sais quoi de nihilisme, désenchantement et autre déprime. Finalement, nous n’en avons qu’une esquisse. Les thèmes chers à l’auteur, avec lesquels je ne suis pas particulièrement  familiers, sont frontalement abordés mais pour autant, j’ai eu la sensation, de mon côté, de lire davantage un récit familial et surtout intime plutôt qu’un brulot sur notre société. La menace terroriste restant bancale et mystérieuse et surtout sous-exploitée, la d...

Les sources (Marie-Hélène Lafon)

  Une ferme française Dans le Cantal des années 60, une ferme prospère et moderne, un homme, une femme, trois enfants, du personnel. Le chef de famille est ombrageux mais sa femme a de l’allure. Elle emmène ses enfants le dimanche à la messe dans leur belle voiture. Ce n'est qu'une apparence. Il est violent avec sa femme. Les enfants commencent à avoir peur … Un roman à trois voix entre 1963 et 2021. Trois points de vue sur une histoire familiale pas simple mais terriblement banale, sans drame autre que celui qui sous-tend tout. L’auteure nous dispense en effet des scènes de violence et de séparations douloureuses. Les faits sont tacites mais ils ont bien lieu. Ils sont suggérés plus que racontés au travers des réflexions et des sentiments des narrateurs dans un roman (trop) court.  J'ai aimé l'écriture sobre mais travaillée, un peu sèche mais évocatrice. Je relirai Marie-Hélène Lafon à coup sûr. Le Livre de Poche Ils pourraient avoir une bonne vie dans cette ferme, si ...

Les hommes manquent de courage (Mathieu Palain)

  Confessions nocturnes Jessie reçoit en pleine nuit l'appel de son fils adolescent visiblement bouleversé pour une raison inconnue. Elle lâche tout pour partir le chercher. Commence une longue virée nocturne en voiture et un tête-à-tête inédit et houleux entre une mère et un fils. Ce livre est la version romancée de véritables évènements qu'on aurait confiés à l'auteur. Le thème lié la toxicité de certains hommes avec les femmes est actuel et incontournable et le format du face-à-face où chacun met cartes sur table avait tout pour me séduire. Pourtant, le récit n'a pas entièrement fonctionné pour moi. Je n'ai pas pu m'empêcher de rester à distance de cette histoire pourtant troublante et saisissante. J'avoue ne pas comprendre complètement pourquoi. Peut-être la faute, en partie, à un fils véritable tête à claques et une mère exagérément impudique avec son lui. Reste un sujet essentiel et il était important de l'aborder.  L'iconoclaste J'ai pensé...

Le colonel Chabert (Honoré de Balzac)

  Ciel mon mari Surprise ! Je croyais avoir affaire à un long roman, un épais classique débordant de descriptions et d’aphorismes sur la grande comédie humaine promise. Certes, il n'en manque pas mais l'ouvrage d'Honoré de Balzac tient dans 160 pages qui sont coincées dans un livre de poche pas si mince entre une longue préface et un dossier aussi long que le roman lui-même. Est-ce que j'ai été déçu ? Je crois que oui, car j'attendais davantage de consistance et de rebondissements dans cette histoire d'homme usé dont personne ne veut, en particulier son épouse remariée qui le croyait enseveli à la bataille d'Eylau. Ici on n'est pas dans le comte de Monte Cristo. Pas de vengeance mais le simple constat de la vanité des hommes. J'en ai tout de même apprécié la lecture et notamment quelques portraits cyniques bien saisis. Tout est dit lorsque le roman se termine à peu près sur ces quelques mots : Le Livre de Poche - page 163 Je ne puis vous dire tout ce...