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Articles

Mémé dans les orties (Aurélie Valognes)

Ne pas casser trois pattes à un canard Depuis le temps que je voyais un peu partout ces petits livres au titre amusant et au look frais, j'avais envie d'en picorer au moins un, histoire de voir ce que cela donnait. Je suis maintenant fixé : la littérature d'Aurélie Valognes n'est pas faite pour moi. Mémé dans les orties  a pour lui la sympathique idée de mettre en avant des proverbes et autres expressions populaires. Chacun d'eux illustre un des courts chapitres qui narre avec légèreté les (més)aventures de Ferdinand, un vieux monsieur qui a un peu tout raté dans sa vie, sauf sa misanthropie. Seule sa chienne Daisy trouve grâce à ses yeux. Alors quand celle-ci est écrasée par une voiture … On s'en doute, la jeune écrivaine va faire en sorte que Ferdinand trouve son salut avant de passer l'arme à gauche. Le scénario qu'elle construit pour ça n'en est à mon avis pas vraiment un mais ressemb...

Dans la forêt (Jean Hegland)

Kit de survie Eva et Nell, deux sœurs de dix-sept et dix-huit ans, habitent à l'écart en pleine forêt en Californie du Nord. Leurs parents sont décédés et le reste du monde semble avoir succombé à une panne générale entraînant la mort d'une grande partie de la population. Après le deuil, il va falloir vivre .. et survivre. Il est difficile de savoir, en commençant sa lecture, à quoi s'attendre avec cette histoire. La quatrième de couverture laisse planer le doute. Est-on dans une dystopie, un drame familial, un thriller psychologique, un récit écologique ? Je dirais que c'est un peu de tout cela, ce qui place le bouquin dans une case bien à part. J'ai aimé lire sa première partie dans l'attente des retournements de situation que Jean Hegland sait distiller pour favoriser une forme de suspense tant il apparaît vraiment qu'elle ne veut pas nous dévoiler trop vite où elle souhaite finalement nous emmener....

En finir avec Eddy Bellegueule (Édouard Louis)

Stigmates Cela faisait déjà quelques temps que ce premier "roman autobiographique" d'Édouard Louis était dans mon viseur et, en commençant à lire le récit de son enfance, c'est le mot "autobiographique" qui, dans mon esprit, l'a d'abord emporté sur le mot "roman". Comme beaucoup j'imagine, j'ai cru au début qu'Eddy Bellegueule était un surnom puisque Édouard n'est pas trop laid de sa personne. Mais en réfléchissant, cette version n'était pas raccord avec l'esprit du bouquin. Né dans une bourgade déshéritée de Picardie où un tel nom de famille n'est pas rare, le petit Eddy Bellegueule a reçu de ses parents un prénom américain comme un aveu de leur origine ouvrière modeste. A l'aide d'une structure de chapitres par thématique et une écriture à mon avis en devenir, il réalise un récit d'une grande violence psychologique. Il enfonce le clou et entérine la fuite de son vil...

L'affaire Jane Eyre (Jasper Fforde)

Tout un roman L’idée de départ de L'affaire Jane Eyre est vraiment très bonne. L’héroïne Thursday Next, au nom qui est déjà tout un programme, fait partie des opérations spéciales en charge de protéger la littérature (OpSpecs 12), un art porté aux nues dans une Angleterre sous l'influence d'une multinationale et en guerre contre la Russie impériale. Pour encore mieux poser l'ambiance : le Pays de Galles voisin est un état socialiste indépendant et la France n'a pas tout à fait terminé sa Révolution ... Simplifions une intrigue touffue et rythmée : lorsqu'un méchant aux pouvoirs maléfiques parvient à pénétrer dans le manuscrit original de Jane Eyre , c'est pour en modifier significativement l'intrigue. A moins qu'une rançon ne lui soit versée séance tenante. Thursday va faire tout son possible pour remettre de l'ordre dans le chef d'oeuvre de Charlotte Brontë. Quel roman original ! Il est vrai que mes lectures habitue...

Un été (Vincent Almendros)

Love boat C’est le plan des vacances. Pierre débarque avec sa petite amie à Naples pour passer des vacances sur le voilier de son frère Jean. Est-ce que ces quelques jours le long des côtes italiennes sont une bonne idée ? Il n’en est pas sûr ... le confort est spartiate, les deux frangins n’ont jamais été très intimes et surtout, Jeanne, la compagne de Jean, fait aussi partie du voyage. Vincent Almendros a indéniablement su installer le climat adéquat pour un huis clos psychologique, version minimaliste et subliminale. Par des phrases courtes sans ornements et des dialogues frugaux et justes, ce roman possède un pouvoir d’évocation qui a fonctionné sur moi. La visualisation des quatre protagonistes à bord de l’exigu voilier m’a été facile. Du point de vue du narrateur, il y règne surtout moiteur, inconfort, gêne et promiscuité. Le lecteur perçoit aussi les gestes simples, les regards bienveillants, les attentions particulières, la fraicheur d’une baignade, l’érotisme conten...

Frappe-toi le coeur (Amélie Nothomb)

Coeur gros Que dire du vingt-sixième roman d'Amélie Nothomb ? La même chose que d'habitude en fait. Plutôt assez sobre dans la forme cette fois-ci, il est fluide et se lit évidemment comme on boit un Champagne rosé frais et finement pétillant. Comme d'habitude aussi, on rêverait d'une intrigue davantage développée autour de la bonne idée de départ largement sous-exploitée. Mais au bout du compte, le mieux n'est-il pas de se faire une raison et d'accepter la signature Amélie Nothomb telle qu'elle est ? Sans cette empreinte caractéristique, sans son apparente désinvolture, peut-être s'arracherait-on moins l'édition annuelle de notre écrivaine belge gentiment barrée. Le cru 2017 n'est d'ailleurs pas son plus mauvais. Il aborde, avec le sens de la formule, des thèmes comme l'envie, l'apparence, la parentalité, l'ambition, l'admiration ...  en nous racontant Diane, jeune enfant puis jeune femme qui tente de se construir...

06H41 (Jean-Philippe Blondel)

Lundi matin dans le train Je ne connaissais pas Jean-Philippe Blondel avant de lire 06h41, dont le titre m'a plu d'emblée. Une intrigue intime qui se déroule dans un train tôt le matin n'est-elle pas a priori digne d'intérêt ? Un homme et une femme ayant entretenu une courte, malheureuse et presque anecdotique relation il y a 27 ans, se retrouvent par hasard assis l'un en face de l'autre dans le train Troyes-Paris de 06h41 en ce lundi compliqué pour tous les deux. Les souvenirs affluent violemment, ils font semblant de ne pas se reconnaître. Je relirai cet auteur car j'ai retrouvé dans ce roman les ingrédients qui, je pense, me plaisent le plus dans la littérature : des personnages à la psychologie fouillée, non cliché et qui sonnent juste. Il y a du désenchantement dans leur histoire mais contrairement à du Olivier Adam (que j'aime pourtant énormément lire), elle est suffisamment courte pour ne pas en devenir pesant...

La tresse (Laetitia Colombani)

De mèche En voilà un joli livre. Le premier roman de Laetitia Colombani, avec ses thèmes qui sont loin d'être anodins, dégage paradoxalement un charme gracile qui va droit au coeur. Pour commencer, l'idée de départ est parfaite : réunir trois histoires, trois femmes, trois lieux différents du large monde. Smirta, Giulia et Sarah n'ont a priori aucun rapport entre elles sauf à tisser leur destin chacune de leur côté, ce qui formera à terme, on le devine, une tresse unique à partir de leur propre mèche. Le propos est largement féminin et féministe. Des trois histoires, la plus marquante est bien sûr la jeune femme indienne née dans la caste des Intouchables. Pour elle, davantage que pour les autres, il ne s'agit même pas encore de féminisme, mais bien d'émancipation, de résilience et de courage face aux traditions ancestrales érigées en vérité. Pour les autres, il s'agit de lutter contre le machisme, la maladie ou contre soi-même. Ce n'est pas non pl...

2710 jours (Lucien Violleau)

  "Enfin vivre" Lucien Violleau, jeune cultivateur vendéen, part "sous les drapeaux" à la fin de 1937. Juste avant la quille (terme qu'il n'utilise pourtant pas), la seconde guerre mondiale éclate. Il restera prisonnier des Allemands jusqu'en 1945, soit 2710 jours loin de sa famille (à part quelques permissions jusqu'en 1940) à ronger son frein, désespérant de retrouver une vie normale, de pouvoir "enfin vivre". Il tiendra un journal de ces années si particulières dans une vie, un écrit a priori fidèlement reproduit à partir des trois carnets qu'il laisse à  sa mort en 2003. Plutôt qu'un journal quotidien, routinier, Lucien Violleau réalise un récit construit, étonnamment scénarisé par le hasard de son histoire, qui laisse transparaître mal-être, espoir et émotions. Pourtant globalement, ses états d'âme sont pudiques et on en apprend peu sur sa vie laissée au pays ou sur les liens créés avec ses "copains" ...

La vérité sur l'affaire Harry Quebert (Joël Dicker)

La recette du roman à succès     Marcus Goldman a écrit un premier livre au succès fulgurant. L'adrénaline des honneurs retombée, il se retrouve face à l'insurmontable mur que représente l'écriture d'un deuxième roman. Il recontacte le grand écrivain Harry Quebert, ami et mentor délaissé depuis quelques mois. Marcus a l'espoir que celui-ci l'aidera à surmonter l'épreuve de la page blanche. Malheureusement, dans la foulée, le corps de Nora Kellergan, disparue il y a 33 ans, est retrouvée enterré dans le jardin de Harry Quebert à Aurora, New Hampshire. Nora est l'inspiratrice de son chef d'œuvre écrit au cours de l'été 1975, celui de leur grand amour. C'est bien sûr l'impressionnant succès de Joël Dicker qui m'a donné envie d'avoir une opinion sur ce roman que presque tout le monde a aimé. A sa lecture, on comprend aisément l'engouement qu'il suscite car ses qualités de page-turner sont indéniables : des chapitr...

Le coeur d'une autre (Tatiana de Rosnay)

Le coeur, le nouveau cerveau ? Bon an, mal an, je continue mon tour d'horizon des auteurs à succès. A ce titre, Tatiana de Rosnay tient bien sa place depuis une dizaine d'années. Sur le papier, son image de romancière grand public qui fait pleurer dans les chaumières, justifiée ou non, ne m'attirait pas spécialement. j'ai voulu tenter avec peut-être, d'entrée, un mauvais choix de roman. Bruce Boutard n'a pas seulement son nom comme repoussoir. C'est un ours mal léché qui a beaucoup de mal à communiquer avec qui que ce soit, à part peut-être son fils et son meilleur ami. Lorsque, suite à un diagnostic et une attente pénible, il est greffé d'un nouveau coeur, sa vie va changer du tout au tout. Un transfert d'âme va comme s'effectuer entre le donneur et le receveur. Une seconde vie d'esthète commence-t-elle pour l'ami Bruce ? L'idée est sympathique et la lecture en soi pas désagréable mais malheureusement la narration abon...

Chlorophylle, intégrale tome 1 (Raymond Macherot)

Quel lérot ! Récemment, tandis que je flânais dans un magasin de bandes dessinées, je suis littéralement tombé en arrêt, comme choqué, devant un album de Chlorophylle. On peut dire sans se tromper, alors que j'avais tant aimé à l'époque emprunter ses albums à la bibliothèque municipale, que j'avais complètement oublié ce petit lérot de mes lectures d'enfant avec sa bouille sympathique affublé d'un œil au beurre noir. Il n'en fallait pas plus pour que je fasse l'acquisition de ses premières aventures que Le Lombard a eu la bonne idée de regrouper dans un beau libre relié avec du papier de qualité tout en conservant le visuel vintage de l'époque. Le tome 1 de l'intégrale présente aussi l'auteur Raymond Macherot et le contexte des cinq premières histoires de Chlorophylle créées dès 1954 dans l'édition belge du journal de Tintin. Avec Chloro, pas de dialogues infantilisants mais des énigmes à résoudre et un certain souffle ...

En attendant Bojangles (Olivier Bourdeaut)

D'une folie à l'autre Précédé de sa réputation de premier roman au succès retentissant, En attendant Bojangles a brûlé les étapes de ma PAL pour se retrouver sur ma table de nuit bien avant certains qui attendent leur tour depuis plus longtemps. Cette courte fiction a conquis bien des cœurs mais seulement en partie le mien. Le très jeune narrateur a des parents fantasques, résolument optimistes qui ont pris le parti de mordre la vie à pleines dents en faisant de chaque jour une nouveauté, une fête, un émerveillement.  Soit dit en passant, la plupart des lecteurs qui souscrivent à cette idée séduisante sont probablement les mêmes qui ne verraient pas d'un excellent œil leurs voisins en charge d'un gamin se comporter de manière aussi excentrique. En attendant, l'écriture étant légère et pleine d'esprit, chacun est  évidemment charmé par la fantaisie d'une telle famille, par la poésie absurde teintée d'hu...

Les heures (Michael Cunningham)

Concordance des temps Les heures semble être le roman phare de l'oeuvre de l'auteur de La maison du bout du monde , lu il y a déjà plus de quatre ans. Virginia, Clarissa et Laura sont trois femmes à trois époques différentes. La première, l'écrivain Virginia Woolf, se noie volontairement dans une rivière dès les premières pages du roman. Les deux autres ont un lien avec elle que le lecteur découvre petit à petit, une connexion à la fois évidente et pas tant que ça car ce sont des femmes comme il en existe des millions sur Terre. Elles cherchent leur place dans un monde où elles se sentent ni libres ni heureuses. A quelques décennies d'intervalle, les heures s'étirent pour chacune d'elles au cours d'une journée, compliquée comme tant d'autres, de leur existence. C'est l'occasion pour Michael Cunningham de déployer sa plume sensible en esquissant le portrait de ses héroïnes ordinaires, personnages désenchantés et submergés par un ma...

La place (Annie Ernaux)

"La grippe, moi, je la fais en marchant" Trouver sa place. La place dans la société pour une jeune fille quittant le modeste cocon familial pour étudier les lettres modernes dans une grande ville ? Ou la place de son père, homme à la fois humble et fier, le complexe de ses origines ouvrières chevillé au corps, tout autant terrifié à l'idée d'être méprisé pour sa condition par les gens instruits que de laisser ses propres pairs s'imaginer qu'il la renie. "Il ne faut pas péter plus haut qu'on l'a" comme on dit chez lui en Normandie. Je connais à peine Annie Ernaux, mais j'ai la sensation qu'à travers ce récit, elle parle autant d'elle que de son paternel auquel elle consacre pourtant un livre. Par une tournure épurée qui peut même laisser croire à une absence de style, elle fait le portrait d'un honnête homme comme il y en a probablement des milliers en France. Des faits, des anecdotes, des souvenirs, des impressions ...

D'après une histoire vraie (Delphine de Vigan)

Serpent à plume J'avoue être bon client de la littérature "autobiographique" que propose Delphine de Vigan avec Rien ne s'oppose à la nuit et D'après une histoire vraie . L'auteur se met elle-même en scène en tant que personnage principal de ses romans et encore plus pour celui-ci que pour le précédent lorsqu'il était d'abord question de sa mère. Dans D'après une histoire vraie , elle est la victime de manipulations de la part d'une jeune femme qui va s'inviter insidieusement dans sa vie et vouloir influer sur son écriture. On ne saura probablement jamais la part de vérité dans cette fiction soit-disant inspirée de faits réels. Delphine de Vigan a-t-elle vécu une histoire similaire de près ou de loin ? Je suis tenté de croire que c'est plutôt de loin. A partir de ce constat, est-ce si important de le savoir ? Je me satisfais complètement de ce qui est dit dans le passage reproduit ci-après, issu d'un dialogue entre Delph...