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Articles

Quand nos souvenirs viendront danser (Virginie Grimaldi)

C'est la vie Dans mon esprit, je mettais les romans de Virginie Grimaldi à la hauteur de Mémé dans les orties d'Aurélie Valognes que je n'avais pas aimé du tout. Alors quand Quand nos souvenirs viendront danser m'est tombé dans les mains, presque accidentellement, j'y suis allé très prudemment. Et bien dites donc, je me suis laissé emporté par ce joli roman, indiscutablement bourré de trop bons sentiments mais terriblement distrayant, émouvant, drôle et étonnamment abouti. Je l'ai lu en un rien de temps, souvent amusé par les clichés et les situations faciles, mais gagné par le charme d'une bande de petits vieux esquintés par la vie et pourtant combatifs. Ils vont se démener pour que leur quartier ne disparaisse pas au nom du progrès et de l'urbanisation. Au passage, c'est leur vie et plus particulièrement celles de Marceline et Anatole qui nous sont racontées grâce à des retours en arrière pas mal ficelés. N'étant pas le premier client de cett...

Les gratitudes (Delphine de Vigan)

Qu'est ce qu'on dit ? C'est toujours mieux en le disant : n'oublions pas de dire "merci" à ceux qu'on aime. Si on les aime, c'est qu'il y a une raison. Michka, elle, voudrait remercier ceux qui l'ont sauvée lorsqu'elle était petite fille pendant la guerre. Et le temps commence à lui manquer puisque aujourd'hui elle entre en maison de retraite. Elle est de moins en moins autonome et souffre d'aphasie, un trouble du langage qui fait que les mots se mélangent entre eux et ne sortent pas comme il le faudrait de sa bouche. Une poésie burlesque jalonnent ainsi les dialogues avec Marie, sa fille de coeur et Jérôme, son charmant orthophoniste, et elle est la bienvenue car le propos est grave, par nature. Au premier abord, Les gratitudes  peut apparaître succinct. L'auteure va à l'essentiel et se concentre notamment sur le présent de la vieille dame, sans s'attarder sur sa longue vie, mis à part quelques détails clés de son enfan...

L'anomalie (Hervé Le Tellier)

  Le miroir du monde Je suppose que ce prix Goncourt n'est pas meilleur qu'un autre mais une chose est sûre : il est brillant et captivant. L'auteur explore un genre en général plutôt exploité par les romanciers américains plus connus pour l'efficacité de leurs scénarios et l'intensité de leur suspense que pour leur style littéraire. Hervé Le Tellier, lui, parvient à scotcher le lecteur façon page-turner sans pour autant négliger la qualité de l'écriture. Une "anomalie" spatio-temporelle dont qu'il faut mieux taire ici la nature exacte de peur de divulgâcher l'intrigue, apparaît lors d'un vol Air France Paris-New York. Ses effets sont spectaculaires. De quoi électriser la population et faire paniquer les gouvernements ... L'anomalie s'apparente au roman fantastique mais a rapidement l'intelligence de mêler anticipation, psychologique, sociologique, philosophique et métaphysique. Ça évoque Trump et Macron, le confinement, le rep...

Là où rêvent les étoiles (Éric Marchal)

Les piliers de fer Le titre poétique de ce roman est une invitation au voyage : un voyage dans le temps entre 1863 et 1918 et principalement deux lieux : Grenade et Paris. Au centre du récit, il y a les époux Delhorme, l'une artiste et l'autre scientifique, et leurs trois jumeaux nés en plein palais de l'Alhambra avec l'aide de ... Gustave Eiffel, de passage dans le coin presque par hasard puisqu'il est en recherche de projets pour faire vivre son entreprise qui n'a pas fini de gagner en prestige. Éric Marchal confectionne un canevas romanesque qui se noue autour de cette famille fictive, bohème et humaniste qui croise le chemin de personnalités historiques, à une époque où les sauts de géant de la science et son application concrète dans la vie des gens ne laisse entrevoir que la face positive du progrès. Cette grande saga historique de plus de plus de 1000 pages possède un petit côté Les piliers de la terre , version 19ème siècle. Ponctuellement, j'ai pu t...

Pierre et Jean (Guy de Maupassant)

  Faux frère Bel-Ami date de mes années lycée et m'avait laissé le souvenir d'une oeuvre moderne et abordable, malgré l'indéniable exigence de la langue. J'ai à nouveau ressenti cela avec Pierre et Jean , un roman qui se lit vite, avec une agréable fluidité. Pierre et Jean vivent au Havre auprès de leurs parents. Quand il apprend que Jean s'apprête à hériter d'un vieil ami de la famille, Pierre commence à se poser des questions qui ne feront qu'aggraver la mésentente cordiale installée depuis longtemps entre les deux frères. Cette histoire de famille qu'on appellerait dysfonctionnelle de nos jours, aborde de façon audacieuse et crédible un sujet qui n'était pas anodin dans les années 1880, celui de l'adultère. Le récit est plutôt simple et resserré sur quelques personnages seulement. Chacun d'eux est marqué et mis en opposition avec ceux des autres. Les points de vue sur l'affaire s'enchaînent donc même lorsqu'il s'agit de ce...

Frank et Billy (Laurie Colwin)

  Les charmes discrets de la vie extra-conjugale Laurie Colwin serait célèbre, voire culte, aux États-Unis, grâce à des romans tels que Frank et Billy publiés en France après sa mort. Je vois très bien ce qui peut plaire au public cible, de toute évidence davantage féminin que masculin, dans cette littérature aux accents tendres et spirituels qui, l'air de rien, réalise une subtile critique de la bonne société américaine et de la vie de couple. Personnellement, je n'y ai pas particulièrement trouvé mon compte. La première partie n'est pas désagréable car on découvre de l'intérieur la liaison secrète de Francis (Frank) et Josephine (Billy), pourtant engagés chacun de leur côté dans une vie maritale tout ce qu'il y a de plus réussie. Leurs états d'âme diffèrent grandement l'un de l'autre et sont exploités avec légèreté et recul, ce qui est plutôt bienvenu. J'ai surtout décroché dans la seconde moitié du roman lorsque, leur histoire terminée sans déses...

Leurs enfants après eux (Nicolas Mathieu)

  L'effroyable douceur d'appartenir Le prix Goncourt 2018 se termine par ces mots. Au même titre que le titre du roman, ils illustrent à merveille ce que l'auteur a voulu faire en racontant une région, une époque, une génération. Apparemment  Nicolas Mathieu sait de quoi il parle. Il faut, comme lui, avoir été ado en Lorraine suburbaine dans les années 90 pour faire vivre Anthony, Hacine, Stéphanie, Hélène et Patrick. Ses personnages sont les archétypes d'une France périphérique, à la fois banals et saisissants, emportés par une vie déjà écrite à leur place, sauf à avoir les armes et accès à l'ascenseur social qui dépendent essentiellement du milieu social où l'on grandit. Le lecteur, lui, n'a pas forcément vécu la même expérience mais il sait intuitivement que tout est parfaitement juste et en place.  Plus que l'histoire quasi-quotidienne et sans réelle tension dramatique (la relation entre Anthony et Hacine fait un peu office de) et les protagonistes r...

Une partie de badminton (Olivier Adam)

Exister, quel sport de rue Rien ne me met plus littérairement en joie que la perspective d'un roman d'Olivier Adam. Je n'ai donc pas boudé mon plaisir en ouvrant Une partie de badminton , sa plus récente sortie en poche. Au premier abord, la recette habituelle, testée et approuvée par votre serviteur, est savamment exécutée par le biais du contexte récurrent du double fictif de l'auteur : écrivain, deux enfants, politiquement engagé à gauche (c'est particulièrement marqué dans ce roman) et en proie à une désespérance existentielle entre région parisienne et Bretagne. Malgré cela, j'ai assez vite ressenti un ton différent. Le narrateur, cet homme pas simple mais attachant quand on est dans sa tête, est moins au bord de la rupture que d'habitude. En tout cas, l'auteur en fait un peu moins dans la noirceur psychologique. En contrepartie, tous les déboires possibles, ou presque, tombent sur le coin de la tête de notre anti-héros : personnels, conjugaux, fami...

Pot-Bouille (Émile Zola)

Faites ce que je dis ... Le personnage central du très choral  Pot-Bouille (qui signifie "popote" ou "tambouille") est Octave Mouret, issu de la branche de la petite bourgeoisie de l'arbre généalogique des Rougon-Macquart, coincée entre les Rougon proche du pouvoir et les miséreux Macquart. Octave arrive à Paris pour y faire son trou et pour cela, rien de tel que mettre la main sur une maîtresse bien placée, peu importe finalement qu'elle soit mariée ou non. Derrière les portes du bel immeuble cossu et surtout "comme il faut" de la rue de Choiseul dans lequel il s'installe, les adultères, combines d'argent et autres atteintes à la bonne morale y vont bon train, tout cela sous l'oeil blasé des domestiques qui se débattent eux-mêmes dans leurs propres contradictions. L'histoire, resserrée sur le petit monde d'un immeuble bourgeois où l'hypocrisie règne en maître, se situe entre le vaudeville grinçant et le drame social. Il es...

Le jardin du bossu (Franz Bartelt)

Le dentier de la prostituée Franz Bartelt est très fort. Il réussit admirablement ce polar déjanté, bourré d'humour et d'esprit. Le narrateur, cet homme sans nom, cet anti héros, est une petit frappe crâneuse au bagout prolo qui, à ses heures, devient poète intello au langage soigné. Lui, il s'en fiche car il a de nobles idées "basées sur l'idée de gauche" (voir extrait ci-après) mais pour combler les instincts vénaux de sa petite amie, il a bien l'intention de détrousser un présentateur de télé-achat dont la qualité première est d'être riche comme Crésus. C'est le début des ennuis.  Très fort(e) aussi celle ou celui qui voit venir le dénouement. Il m'a laissé un peu baba mais bien sûr pas autant que le narrateur lui-même qui tombe de haut quand la vérité lui apparaît. La fin est donc inattendue, l'intrigue est baroque, les rebondissements valent leur pesant de cacahuètes et le style, lui, casse tout sur son passage, tant il est jubilatoire...

Juste la fin du monde (Jean-Luc Lagarce)

Théâtre vivant Dans sa pièce ,  Jean-Marc Lagarce ne fait pas du Racine et ce n'est pas ce qu'on lui demande. Il écrit ses dialogues et ses monologues pour sonner vrai à la manière habituelle d'une famille de la classe moyenne française en pleine commotion car Louis, l'aîné de la fratrie, revient chez sa mère. L'attendent aussi sa soeur, son frère et sa belle-soeur qui formulent immédiatement leur incompréhension à son encontre. Pourquoi est-il parti il y a si longtemps pour ne revenir que maintenant ? Lui est venu leur dire qu'il va mourir. Il n'y parviendra pas.  Un roman est souvent bien plus riche que son adaptation au cinéma. L'auteur a davantage d'espace pour poser le contexte, expliquer les tenants et les aboutissants et rendre compte du dialogue intérieur des protagonistes, et cela même si rien n'égale la force de frappe du cinéma pour aider le spectateur à se représenter l'histoire. Au théâtre, c'est un peu l'inverse : rien n...

La trilogie berlinoise - Un requiem allemand (Philip Kerr)

Bernie à la chasse aux nazis  J'ai eu plus de mal à me plonger dans ce troisième volet de  La trilogie berlinoise que dans les deux premiers. Je mets ça sur le compte de la lassitude, le pavé comportant  quand même près de 1000 pages. Ce dernier tome est pourtant diablement intéressant. L'intrigue a l'immense avantage de se dérouler dans l'Allemagne et l'Autriche d'après-guerre alors que Berlin et Vienne sont occupées par les nations victorieuses de la seconde guerre mondiale. Le portrait de Berlin exsangue et en partie sous le joug des Soviétiques à la veille du blocus m'a particulièrement plu, malgré la difficulté à appréhender les forces en présence et les enjeux géopolitiques. La nouvelle enquête de Bernie Gunther, ancien SS durement éprouvé par les années de guerre et à nouveau détective privé, va le mener à Vienne. Par un jeu de manipulations et de faux semblants, il se retrouve malgré de lui aux trousses de hauts dignitaires nazis. Il est amené à se ...

Berthe Morisot, le portrait de la femme en noir (Dominique Bona)

L'amour est un bouquet de violettes Ce livre m'a été offert par un ami et je l'en remercie car mon choix de lecture d'une biographie d'un Impressionniste se serait naturellement tourné vers Claude Monet ou Edgar Degas dont les peintures me touchent davantage. Il est évident que j'aurais regardé bien autrement la rétrospective, pourtant très appréciée, que le musée d'Orsay a consacré à Berthe Morisot en 2019 si j'avais lu au préalable son magnifique portrait par Dominique Bona. Pour celui-ci, l'Académicienne a obtenu la Bourse Goncourt de la biographie, récompense complètement méritée tant son travail très documenté et brillamment rédigé sur Morisot et son mouvement pictural, m'a passionné. On y découvre l'artiste peintre pour laquelle on a du mal à ne pas préciser qu'elle est une femme. Cette problématique du genre devrait être un détail mais elle n'en est évidemment pas un à la fin des années 1860 lorsqu'elle se rapproche petit à...

Un instant d'abandon (Philippe Besson)

  Débarrasser le plancher C'est un vrai plaisir de retrouver, le temps d'un court roman, l'écriture sèche et évocatrice de Philippe Besson. C'est à nouveau le bord de mer qui en est le cadre, cette fois-ci celui parfois maussade parfois tempétueux des Cornouailles au bout de l'Angleterre. Condamné par la justice il y a quelques années dans des circonstances tragiques, Thomas revient dans sa ville natale alors qu'il devrait plutôt la fuir. Pourquoi ? Il est difficile de ressentir de la sympathie pour cet homme. Ce qu'il a fait et sa façon de le raconter nous maintient à une certaine distance de lui. Ni coupable, ni innocent, il a fait le choix, en grande partie inconscient, de provoquer l'impardonnable pour enfin revivre, quitte à devoir passer d'abord par la case prison. La sympathie non donc, l'empathie peut-être car n'avons-nous pas tous ressenti ça un jour ? Vouloir changer le cours de sa vie sans avoir le courage de passer à l'acte, e...

Le discours (Fabrice Caro)

La vie est un porte-serviettes Adrien est sommé par son futur beau-frère de prononcer un discours pendant le repas de mariage de sa soeur. Ça tombe vraiment mal, c'est la dose de stress en trop alors qu'il attend des nouvelles de Sonia, qui s'octroie une pause dans leur couple depuis 38 jours ... Les romans introspectifs sont évidemment ceux que je préfère. Alors quand ils sont drôles, ce n'est que du bonus. Dans Le discours , plus que de l'humour pur, il s'agit surtout d'une sorte d'esprit absurde et décalé qui, chez moi, a fait mouche presque à chaque fois. Il est fondé sur un sens aigu de l'observation des petits travers de la société et de nos interactions avec familles et amis, êtres humains si proches de nous depuis toujours mais de plus en plus difficiles à comprendre avec les années. Mais ce roman n'aurait pas pu totalement me plaire s'il n'avait été que drôle. La causerie intérieure et désespérée d'Adrien au cours d'un re...

Né d'aucune femme (Franck Bouysse)

La misérable Ce roman, au titre qui claque, raconte une histoire sombre et tragique qui a tout du conte manichéen comme du roman du 19ème siècle. Le destin effroyable de Rose n'a pas grand chose à envier à la Fantine de Victor Hugo. L'intrigue se passe d'ailleurs plus ou moins à la même époque - on l'apprend grâce à un détail au détour d'une phrase - dans une quelconque région rurale de France. Vendue par son père à des Thénardier de la pire espèce, la jeune fille ne va pas être à la fête, c'est le moins qu'on puisse dire. A tel point que l'intrigue a tendance à verser dans le misérabilisme et du coup à rendre la lecture oppressante malgré la tournure assez prévisible des évènements. Au moment du dénouement, une légère bise d'optimisme souffle enfin mais c'est à mon goût un peu trop rapide et pas très limpide. Pour autant, Né d'aucune femme est un sacré morceau de littérature. Il y a à la fois une forme de rudesse très terrienne et un souffl...