Je m’avance peut-être mais je ne serais pas surpris que cette année, il y ait moins de gens que d’habitude pour contester la légitimité de l'attribution du Prix Goncourt à La maison vide de Laurent Mauvignier. Il me paraît en effet difficile de contester la qualité littéraire de ce spectaculaire roman à la grande force narrative.
Épais de 750 pages, ce roman à la lecture exigeante fait corps avec ses personnages, surtout féminins mais pas que, et avec les évènements intimes et historiques qu'ils ou elles traversent. L'écriture, étirée en longues phrases, les tourne et les retourne pour en tirer leur substantifique moelle et créer une grandiose fresque autour du passé réinventé de la famille de l'auteur sur la base de ce qu'il en sait.
La fiction devient en quelque sorte réalité et « C’est cette réalité qui se dessine qui deviendra la seule, même si elle est fausse, car la réalité vécue s'est dissoute et n'a aucune raison de nous revenir ; le récit que j'en fais est comme une ombre déformée trahissant la présence d'une histoire dont je capte seulement l'écho, la vibration dans l'image tremblante d'une fiction et d'un roman possible. »
La force dramatique de la scène finale sur une musique de Schubert justifie à elle seule une adaptation au cinéma.
Les Éditions de Minuit - page 616
C'est parce que je ne sais rien ou presque rien de mon histoire familiale que j'ai besoin d'en écrire une sur mesure, à partir de faits vérifiés, de gens ayant existé, mais dont les histoires sont tellement lacunaires et impossibles à reconstituer qu'il faut leur créer un monde dans lequel, même fictif, ils auront chacun eu une existence. C'est cette réalité qui se dessine qui deviendra la seule, même si elle est fausse, car la réalité vécue s'est dissoute et n'a aucune raison de nous revenir ; le récit que j'en fais est comme une ombre déformée trahissant la présence d'une histoire dont je capte seulement l'écho, la vibration dans l'image tremblante d'une fiction et d'un roman possible.

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